Le téléphone sonna à 3 h 17 du matin.Anne sursauta et se redressa brusquement dans son lit.Personne ne l’appelait jamais à cette heure-là.Personne — sauf un homme qui était mort depuis trois ans.L’écran diffusait une lumière blanche et froide.Numéro inconnu.Elle ne voulait pas répondre.Chaque instinct lui criait : ne décroche pas.Mais son doigt glissa malgré elle sur l’écran.— Allô ?… — murmura-t-elle, la voix tremblante.Silence.Puis un souffle rauque. Lent.Et une voix qu’elle reconnut immédiatement.— Anne… si tu m’entends… c’est que je n’ai pas réussi.Le téléphone lui échappa des mains.— C’est impossible… — chuchota-t-elle. — Tu es mort.La voix semblait venir de très loin.Comme filtrée par quelque chose d’invisible.— Ils pensent que je suis mort.S’il te plaît… n’ouvre la porte à personne.Et ne crois surtout pas celui qui dira connaître la vérité sur moi.La ligne se coupa.Anne resta assise dans l’obscurité, incapable de respirer.Son cœur battait si fort qu’elle avait l’impression qu’il allait exploser.Exactement sept minutes plus tard, quelqu’un frappa à la porte.Pas la sonnette.Un coup sec.Lent.Assuré.Anne se leva et s’approcha de la porte.Elle regarda par le judas.Sur le palier se tenait un homme en manteau sombre.Grand. Calme.Beaucoup trop calme.— Madame Anne Martin ? — dit-il en regardant droit vers la porte. — Police nationale.Nous enquêtons de nouveau sur l’affaire de votre mari.Ses jambes fléchirent.— Son dossier est clos…— Il l’était. Mais de nouveaux éléments sont apparus.Anne se rappela la voix au téléphone.Ne le crois pas.— Quels éléments ?L’homme esquissa un léger sourire.— Nous avons retrouvé le téléphone qui vous a appelée il y a quelques minutes.Le sang d’Anne se glaça.— C’est… impossible.— Justement. Et c’est pour cela que nous devons entrer, répondit-il calmement.Le téléphone a été retrouvé… dans votre appartement.Son regard se posa lentement sur la petite table de l’entrée.Là reposait l’ancien téléphone de son mari.Celui qu’elle avait elle-même placé dans son cercueil.Il était éteint.Et pourtant…L’écran s’illumina doucement.Appel entrant.Le même numéro.Anne leva les yeux vers le judas.L’homme était toujours là.Il souriait.Mais depuis le téléphone posé sur la table, une voix chuchota :— Anne… n’ouvre pas.Ce n’est pas un homme.À cet instant précis,derrière la porte…le sourire de l’homme disparut.
« De l’autre côté de la porte »