« L’Appel de la Jungle »

Alexandre avait toujours rêvé de liberté.De cette liberté pure que l’on ressent quand on saute d’un avion, que le vent arrache le souffle, et que la terre en bas devient une aquarelle floue de couleurs et de vide.Ce jour-là, la météo était parfaite : ciel clair, vent stable.L’instructeur leva le pouce — « prêt ? ».Alexandre hocha la tête.Il sauta.La liberté lui frappa la poitrine comme une décharge électrique.Il cria de joie, bras écartés, se sentant faire partie du ciel.Puis, soudain, quelque chose se dérégla.Un à-coup étrange.Le parachute s’ouvrit de travers.Le vent changea brutalement de direction.Alexandre comprit qu’il tombait… pas du tout où il devait tomber.En dessous de lui, au lieu des champs verts prévus pour l’atterrissage…s’étendait une masse sombre, irrégulière.Une île.Perdue au milieu de l’océan.Il tenta de contrôler la voile, mais le vent semblait le tirer exprès vers cet endroit sauvage, comme si une force invisible l’y guidait.Il s’écrasa dans un tapis de feuilles humides, roula plusieurs fois, mais survécut.Le parachute accroché aux branches, Alexandre se libéra et se releva.L’île était silencieuse.Trop silencieuse.Pas d’oiseaux.Pas d’insectes.Juste le bruit lointain des vagues contre les rochers noirs.— Hé oh ! — cria-t-il. — Il y a quelqu’un ?Rien.Un silence presque vivant.Alexandre marcha longtemps avant de trouver une lagune. L’eau était claire, parfaite.Trop parfaite.Comme si quelqu’un l’avait touchée récemment.Il se pencha pour boire… puis remarqua quelque chose qui figea son sang.Des traces.Des empreintes humaines.Fraîches.Il suivit les pas à travers la jungle épaisse.L’air devenait froid, malgré la chaleur tropicale. Non pas la température — mais l’ambiance.Comme si le monde retenait son souffle.Il arriva devant une vieille cabane en bois.La porte était entrouverte.À l’intérieur :une table, deux tasses, des restes de nourriture.Des pièges suspendus.Et contre le mur, une corde tendue, servant de penderie.Mais le pire…un calendrier.Avec les jours arrachés.La dernière date marquée était :AUJOURD’HUI.Un frisson parcourut Alexandre.Il recula d’un pas — une branche craqua derrière lui.Il se retourna brusquement.Un homme se tenait là.Barbe longue, visage marqué par le temps, regard sauvage.Mais surtout — il portait un harnais de parachute.Le même modèle qu’Alexandre.L’homme le fixa, sans cligner des yeux.— Qui êtes-vous ? — demanda Alexandre, la voix tremblante.L’homme bougea légèrement les lèvres, comme s’il devait réapprendre à parler.— Toi aussi… tu as sauté ?Alexandre hocha la tête.— Je suis tombé ici par accident. Je pensais que l’île était déserte.L’homme détourna les yeux.— Elle l’était… avant moi.Puis, après une pause :— On ne part pas d’ici.Alexandre sentit ses muscles se tendre.— Pourquoi ?L’homme s’approcha lentement.— Parce que cette île… choisit ceux qu’elle garde.Et si elle t’a laissé vivre…c’est qu’elle a une raison.Un son étrange retentit alors dans la jungle.Grave, long, impossible à définir.Ni animal.Ni humain.Quelque chose… entre les deux.L’homme blêmit.— On doit partir. Maintenant.— C’était quoi ? — demanda Alexandre.Le regard de l’homme devint presque animal.— Pas “qui”.Quoi.Alexandre sentit son cœur s’arrêter.— Donc… on n’est pas seuls ?L’homme secoua la tête.— Sur cette île… personne n’est jamais seul.Et soudain, dans la jungle, une ombre gigantesque bougea.Massive.Improbable.Alexandre recula d’un pas.L’homme se pencha vers lui et murmura :— Si tu veux survivre… suis-moi.Et souviens-toi : l’île choisit…mais elle reprend aussi.L’ombre s’approcha encore.Et l’histoire ne faisait que commencer.

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