{"id":981,"date":"2026-02-18T15:51:05","date_gmt":"2026-02-18T12:51:05","guid":{"rendered":"https:\/\/storyforyou.fun\/?p=981"},"modified":"2026-02-18T15:51:05","modified_gmt":"2026-02-18T12:51:05","slug":"elle-ne-savait-pas-qui-il-etait","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/storyforyou.fun\/?p=981","title":{"rendered":"\u00abElle ne savait pas qui il \u00e9tait\u00bb"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Un souffle continu, ti\u00e8de, r\u00e9gulier \u2014 celui des moteurs et de l\u2019air conditionn\u00e9 \u2014 remplissait l\u2019espace entre les rang\u00e9es, se glissant dans les conversations \u00e9touff\u00e9es, dans le froissement des vestes, dans le cliquetis des boucles de ceinture. Les plafonniers diffusaient une lumi\u00e8re chaude, presque domestique, qui rendait les visages plus doux qu\u2019ils ne l\u2019\u00e9taient vraiment. Sur le hublot, un reflet tremblait, comme une lune priv\u00e9e, et au-del\u00e0, la nuit n\u2019avait pas de fin : une mer noire, sans rep\u00e8res, qui avalait tout.Rang\u00e9e 14.\u00c0 gauche, 14A, c\u00f4t\u00e9 hublot, un homme noir \u00e9tait assis droit, tranquille. Il n\u2019avait rien d\u2019ostentatoire. Pas de montre qui crie, pas de costume qui impose.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"> Une tenue simple, impeccable, pens\u00e9e pour \u00eatre confortable sans chercher \u00e0 prouver quoi que ce soit. Ses mains reposaient sur un carnet \u00e0 la couverture us\u00e9e, comme si ce petit objet \u00e9tait tout ce dont il avait besoin pour traverser le monde. Il tenait parfois un stylo entre ses doigts, non pas avec nervosit\u00e9, mais avec l\u2019habitude de quelqu\u2019un qui \u00e9crit souvent, qui note, qui observe.\u00c0 c\u00f4t\u00e9, 14B, une femme s\u2019agitait. Son si\u00e8ge semblait trop petit pour sa col\u00e8re, trop \u00e9troit pour sa certitude d\u2019avoir raison. Elle se penchait vers l\u2019all\u00e9e, levait les mains, secouait la t\u00eate, comme si elle parlait \u00e0 un tribunal invisible et non \u00e0 une h\u00f4tesse. Sa voix montait plus haut que n\u00e9cessaire, assez pour mordre l\u2019air et r\u00e9veiller les oreilles.L\u2019h\u00f4tesse, debout dans l\u2019all\u00e9e, gardait cette posture parfaite qu\u2019on apprend dans les formations : \u00e9paules ouvertes, visage neutre, sourire qui n\u2019appartient \u00e0 personne. Mais on voyait, dans l\u2019angle de son regard, qu\u2019elle mesurait d\u00e9j\u00e0 la situation, qu\u2019elle savait exactement ce que \u00e7a signifiait, exactement dans quel genre de conflit elle venait de mettre un pied. Les incidents en avion avaient mille visages, et celui-ci, elle le reconnaissait trop bien.La femme lan\u00e7a, forte, sans honte :<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u2014 Non mais\u2026 vous allez le d\u00e9placer, oui ou non ? Il me g\u00eane !Le mot \u00ab g\u00eane \u00bb resta suspendu, lourd, comme s\u2019il contenait autre chose que ce qu\u2019il pr\u00e9tendait dire. Il n\u2019\u00e9tait pas question d\u2019un coude trop large, ni d\u2019un sac qui d\u00e9borde, ni d\u2019une conversation trop bruyante. Le malaise qu\u2019elle cherchait \u00e0 imposer n\u2019avait pas besoin d\u2019arguments : il se nourrissait de sous-entendus. Il \u00e9tait assez ancien pour se faire passer pour une \u00e9vidence.Quelques t\u00eates se tourn\u00e8rent. Une adolescente avec un casque audio leva un sourcil. Un homme d\u2019affaires releva ses yeux de son \u00e9cran, pr\u00eat \u00e0 ignorer, mais incapable de r\u00e9sister au spectacle. Une vieille dame serra son sac contre elle, par r\u00e9flexe, sans savoir pourquoi, comme si la tension dans l\u2019air pouvait prendre une forme et lui voler quelque chose. Deux rang\u00e9es plus loin, un couple \u00e9changea un regard rapide : celui qu\u2019on se lance quand on n\u2019ose pas intervenir, mais qu\u2019on n\u2019approuve pas non plus.L\u2019h\u00f4tesse se pencha l\u00e9g\u00e8rement, attentive, professionnelle.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u2014 Madame, je vous \u00e9coute.Ce ton calme, paradoxalement, donna \u00e0 la femme l\u2019impression qu\u2019on la prenait au s\u00e9rieux, donc qu\u2019elle avait raison. Elle se redressa, comme port\u00e9e par cette attention, et reprit avec plus d\u2019assurance, plus de bruit, plus de th\u00e9\u00e2tre.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u2014 Il est\u2026 il est l\u00e0, coll\u00e9 \u00e0 moi, je ne peux m\u00eame pas respirer !Elle prit une inspiration exag\u00e9r\u00e9e, d\u00e9monstrative, puis ajouta, comme si elle venait de prononcer une v\u00e9rit\u00e9 incontestable :<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u2014 C\u2019est inadmissible !Le \u00ab inadmissible \u00bb claqua, sec, dans la cabine. Comme si ce vol lui appartenait. Comme si un si\u00e8ge pouvait devenir une fronti\u00e8re.L\u2019h\u00f4tesse ne r\u00e9agit pas avec indignation. Elle ne montra ni col\u00e8re ni compassion excessive. Juste ce professionnalisme solide qui a d\u00e9j\u00e0 vu des gens transformer leurs peurs en accusations.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u2014 Madame, baissez la voix. Vous faites une sc\u00e8ne.La phrase tomba avec la douceur d\u2019une lame. Simple, nette. Elle ne la jugeait pas sur ses pens\u00e9es, mais sur son comportement. Elle la ramenait aux r\u00e8gles, au r\u00e9el, au fait qu\u2019il y avait d\u2019autres passagers, d\u2019autres vies, d\u2019autres fatigues autour.La femme resta une seconde bouche ouverte, surprise qu\u2019on ose lui poser une limite. Son visage se colora d\u2019offense.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"> Elle voulut r\u00e9pondre, \u00e9videmment. Elle avait l\u2019habitude qu\u2019on la laisse parler. Mais elle comprit, en voyant le regard de l\u2019h\u00f4tesse, que cette fois-ci, ce serait diff\u00e9rent.Dans le si\u00e8ge 14A, l\u2019homme ne bougea pas.Il n\u2019avait pas lev\u00e9 la main. Il n\u2019avait pas soupir\u00e9. Il n\u2019avait pas cherch\u00e9 le regard de quelqu\u2019un pour obtenir de la compassion. Il restait l\u00e0, pr\u00e9sent, comme un point fixe dans une mer agit\u00e9e. Son carnet ne tremblait pas. Sa respiration \u00e9tait lente. Ce calme, dans un monde qui attendait un affrontement, avait quelque chose de presque surnaturel. On aurait dit qu\u2019il attendait quelque chose <\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u2014 pas une excuse, pas une justification<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"> \u2014 mais la suite, comme si la suite \u00e9tait \u00e9crite depuis longtemps.C\u2019\u00e9tait un calme appris.On ne na\u00eet pas avec ce calme-l\u00e0. On le forge. \u00c0 force de s\u2019entendre r\u00e9duire \u00e0 un d\u00e9tail, \u00e0 force de devoir prouver qu\u2019on est inoffensif, \u00e0 force de sourire quand on aimerait crier. Un calme qui ressemble parfois \u00e0 de la froideur, mais qui est en r\u00e9alit\u00e9 une armure.L\u2019h\u00f4tesse se tourna vers lui, toujours dans le m\u00eame ton neutre, et pronon\u00e7a, presque comme une formalit\u00e9 :<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u2014 Monsieur, un instant s\u2019il vous pla\u00eet\u2026Il leva lentement les yeux.Ce n\u2019\u00e9tait pas un regard agressif. Pas un regard de d\u00e9fi. C\u2019\u00e9tait un regard clair, profond, sans agitation <\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u2014 le regard de quelqu\u2019un qui a appris \u00e0 ne pas gaspiller son \u00e9nergie pour prouver qu\u2019il m\u00e9rite sa place. Un bref silence tomba, \u00e9pais, comme une couverture pos\u00e9e sur la rang\u00e9e.L\u2019homme hocha la t\u00eate.Un simple geste. Poli. Calme. Contr\u00f4l\u00e9.La femme, elle, ne savait plus quoi faire de ce moment. Son cerveau cherchait une r\u00e9action spectaculaire \u00e0 mettre dans sa poche : une col\u00e8re, une plainte, une excuse, n\u2019importe quoi qui puisse confirmer son histoire. Mais il ne lui donnait rien. Alors elle marmonna, \u00e0 voix plus basse, mais avec cette fiert\u00e9 t\u00eatue de ceux qui refusent de se reconna\u00eetre fautifs :<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u2014 C\u2019est quand m\u00eame incroyable\u2026 On ne peut plus rien dire\u2026Comme souvent, l\u2019injustice prenait la forme d\u2019une victime improvis\u00e9e. Elle se donnait le r\u00f4le de la personne attaqu\u00e9e, censur\u00e9e, humili\u00e9e. C\u2019\u00e9tait plus confortable que de se regarder en face.L\u2019h\u00f4tesse se pencha l\u00e9g\u00e8rement vers elle, et son ton se durcit d\u2019un demi-degr\u00e9. Pas de quoi cr\u00e9er un scandale, juste assez pour marquer une fronti\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u2014 Madame, si vous continuez, je devrai faire un rapport. Compris ?Le mot \u00ab rapport \u00bb eut l\u2019effet d\u2019une porte qui se referme. La femme ravala quelque chose. Son regard glissa vers les autres passagers, comme pour chercher un soutien, une complicit\u00e9 silencieuse. <\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Mais il n\u2019y eut pas d\u2019applaudissements. Pas de signes d\u2019approbation. Seulement des visages g\u00ean\u00e9s, d\u00e9tourn\u00e9s, et cette fatigue collective, ce d\u00e9sir que tout s\u2019arr\u00eate.L\u2019homme, lui, baissa les yeux vers son carnet.Il l\u2019ouvrit \u00e0 une page d\u00e9j\u00e0 remplie de lignes serr\u00e9es. Son \u00e9criture \u00e9tait nette, r\u00e9guli\u00e8re. Il y avait des colonnes, des dates, des mots courts, comme des titres. Peut-\u00eatre un journal. Peut-\u00eatre une liste. Peut-\u00eatre un rapport, lui aussi. Le genre d\u2019\u00e9criture qui trahit une discipline int\u00e9rieure.Il posa la pointe du stylo, ajouta quelque chose, une phrase courte. Puis il referma doucement le carnet, sans pr\u00e9cipitation, comme on ferme un dossier.Quand il releva les yeux, quelque chose avait chang\u00e9.Pas en duret\u00e9, pas en col\u00e8re. Plut\u00f4t en intensit\u00e9, comme si, tout \u00e0 coup, il cessait d\u2019\u00eatre une silhouette silencieuse dans un avion et devenait une pr\u00e9sence r\u00e9elle, impossible \u00e0 r\u00e9duire \u00e0 une place ou \u00e0 une couleur de peau. <\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Comme si, au fond, il avait toujours su que ce genre de sc\u00e8ne arriverait un jour, et qu\u2019il avait toujours su comment y r\u00e9pondre : par le contr\u00f4le absolu.Sa voix ne sortit pas de sa bouche, pourtant elle envahit l\u2019instant, comme une pens\u00e9e qu\u2019on entendrait sans la vouloir. Une voix-off, basse, pos\u00e9e, presque intime :\u00ab Elle croit que je suis personne\u2026 \u00bbCe n\u2019\u00e9tait pas une plainte. C\u2019\u00e9tait un constat. Froid, lucide. Un constat qui parlait du monde, bien plus que de lui.Il n\u2019avait pas besoin d\u2019expliquer. Il n\u2019avait pas besoin de convaincre. Il savait, avec cette fatigue ancienne, que certaines personnes ne veulent pas comprendre : elles veulent gagner.La femme, elle, continuait \u00e0 serrer sa m\u00e2choire, \u00e0 se convaincre qu\u2019elle avait raison. Elle tapota nerveusement l\u2019accoudoir, comme si elle cherchait \u00e0 reprendre le pouvoir sur la situation. Elle \u00e9vitait de regarder l\u2019homme, parce que le regarder aurait exig\u00e9 de le voir.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Autour d\u2019eux, la cabine avait chang\u00e9 de temp\u00e9rature sans que personne ne touche aux r\u00e9glages. Ce n\u2019\u00e9tait pas l\u2019air, c\u2019\u00e9tait l\u2019ambiance. Une tension fine, invisible, passait de si\u00e8ge en si\u00e8ge comme un courant \u00e9lectrique.L\u2019h\u00f4tesse inspira, et l\u2019on sentit qu\u2019elle se pr\u00e9parait \u00e0 faire ce que son m\u00e9tier lui demandait : prot\u00e9ger le calme, prot\u00e9ger les r\u00e8gles, prot\u00e9ger la s\u00e9curit\u00e9. Elle \u00e9tait form\u00e9e pour g\u00e9rer les \u00e9motions, mais aussi pour reconna\u00eetre quand une situation peut d\u00e9g\u00e9n\u00e9rer. Elle choisit alors une strat\u00e9gie simple : d\u00e9placer la source du trouble. Pas parce que c\u2019\u00e9tait juste, mais parce que c\u2019\u00e9tait efficace.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u2014 Madame, je peux vous proposer un autre si\u00e8ge, si vous le souhaitez.La femme se redressa, comme si on venait de lui offrir une couronne. Elle fit un petit signe de t\u00eate victorieux, d\u00e9j\u00e0 pr\u00eate \u00e0 raconter \u00e0 quelqu\u2019un, plus tard, qu\u2019elle \u00ab avait eu raison \u00bb. Elle murmura, assez fort pour \u00eatre entendue :<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u2014 Voil\u00e0\u2026 enfin\u2026L\u2019h\u00f4tesse ne r\u00e9pondit pas \u00e0 ce soupir triomphant. Son regard glissa vers l\u2019homme, presque imperceptible, comme pour s\u2019assurer qu\u2019il allait bien. Il ne bougea pas. Il ne protesta pas. Il ne sourit pas. Rien.Ce silence, chez lui, n\u2019\u00e9tait pas une soumission. C\u2019\u00e9tait une d\u00e9cision.On pouvait sentir, dans la mani\u00e8re dont il tenait son corps, qu\u2019il n\u2019\u00e9tait pas \u00e9cras\u00e9. Il \u00e9tait\u2026 au-dessus. Comme quelqu\u2019un qui voit plus loin que la sc\u00e8ne imm\u00e9diate.La femme se leva, rassembla sa couverture, son sac, et passa dans l\u2019all\u00e9e avec une certaine raideur, comme si elle voulait que tout le monde remarque sa dignit\u00e9. Personne ne bougea pour lui faire de la place. On se contenta d\u2019\u00e9carter les genoux.En passant, elle lan\u00e7a \u00e0 l\u2019homme, sans le regarder vraiment :<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u2014 C\u2019est mieux comme \u00e7a.C\u2019\u00e9tait une phrase de victoire. Une phrase de contr\u00f4le. Une phrase qui supposait que l\u2019autre n\u2019\u00e9tait qu\u2019un obstacle.L\u2019homme, lui, tourna l\u00e9g\u00e8rement la t\u00eate.Et c\u2019est l\u00e0 que tout bascula.Pas brusquement. Pas avec provocation. Juste assez pour que son profil prenne la lumi\u00e8re chaude du plafonnier, assez pour que son regard se pose sur elle avec une tranquillit\u00e9 d\u00e9stabilisante. Autour de lui, la cabine sembla se flouter. Les si\u00e8ges, les visages, l\u2019all\u00e9e, tout perdit de la nettet\u00e9, comme si le monde entier se retirait pour laisser place \u00e0 un seul point : ses yeux.Au coin de ses l\u00e8vres, naquit une petite \u0443\u0445\u043c\u044b\u043b\u043a\u0430 <\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u2014 un sourire en coin.Calme. Ma\u00eetris\u00e9. Presque tendre. Mais surtout : s\u00fbr de lui.Ce n\u2019\u00e9tait pas le sourire d\u2019un homme humili\u00e9. C\u2019\u00e9tait le sourire d\u2019un homme qui sait exactement ce qui va se passer ensuite.La voix-off revint, plus confidentielle encore, comme un secret murmur\u00e9 \u00e0 la nuit derri\u00e8re le hublot :\u00ab \u2026Elle n\u2019imagine m\u00eame pas qui je suis. \u00bbEt, comme si le ciel lui-m\u00eame r\u00e9pondait \u00e0 cette phrase, une sonnerie discr\u00e8te retentit. Un petit \u00ab ding \u00bb presque doux, \u00e9touff\u00e9 par les moteurs.Interphone.Une voix masculine, pos\u00e9e, professionnelle, s\u2019\u00e9leva dans la cabine :<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u2014 Mesdames et messieurs, ici le commandant de bord. Nous allons bient\u00f4t entamer notre descente. Merci de regagner vos si\u00e8ges et d\u2019attacher vos ceintures.La plupart des passagers ob\u00e9irent m\u00e9caniquement, habitu\u00e9s \u00e0 ces annonces. Mais l\u2019h\u00f4tesse, elle, se figea une fraction de seconde. Parce qu\u2019un second message suivit, plus bas, comme s\u2019il \u00e9tait destin\u00e9 \u00e0 quelqu\u2019un en particulier.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u2014 Et\u2026 un message pour la cabine. Monsieur Kader Diallo, si vous m\u2019entendez, pourriez-vous\u2026 vous pr\u00e9senter un instant \u00e0 l\u2019avant, s\u2019il vous pla\u00eet ?Le nom glissa dans l\u2019air comme une pierre dans l\u2019eau.L\u2019h\u00f4tesse cligna des yeux. Elle regarda vers la rang\u00e9e 14, et son visage changea. Une reconnaissance. Une surprise contenue. Comme si elle venait de comprendre que cet homme, assis l\u00e0, carnet sur les genoux, n\u2019\u00e9tait pas simplement un passager quelconque.La femme, qui venait tout juste de s\u2019installer trois rang\u00e9es plus loin, se redressa brusquement. Elle se pencha dans l\u2019all\u00e9e pour voir. Son expression, un instant plus t\u00f4t pleine de satisfaction, se fissura.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019homme au si\u00e8ge 14A se leva calmement. Il attrapa son carnet, le glissa sous son bras. Son mouvement \u00e9tait lent, pr\u00e9cis, presque c\u00e9r\u00e9moniel. Il ne se pressait pas. Il n\u2019en avait pas besoin.En passant dans l\u2019all\u00e9e, il croisa le regard de l\u2019h\u00f4tesse. Elle lui adressa un l\u00e9ger signe de t\u00eate, respectueux, comme on le ferait \u00e0 quelqu\u2019un qu\u2019on ne doit pas contrarier.La femme, elle, sentit un froid lui courir dans le dos. Pas celui de la climatisation. Un autre froid. Celui qui na\u00eet quand on comprend qu\u2019on s\u2019est tromp\u00e9 de cible.L\u2019homme s\u2019arr\u00eata un instant, juste \u00e0 hauteur de son ancien si\u00e8ge, l\u00e0 o\u00f9 la femme l\u2019avait accus\u00e9 d\u2019exister. Il tourna l\u00e9g\u00e8rement la t\u00eate vers elle.Toujours cette petite \u0443\u0445\u043c\u044b\u043b\u043a\u0430.Et il murmura, si bas que seuls les plus proches purent l\u2019entendre :<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u2014 Bonne fin de vol, madame.Une politesse parfaite. Plus coupante que n\u2019importe quelle insulte.Puis il s\u2019\u00e9loigna vers l\u2019avant.La femme resta fig\u00e9e, incapable de d\u00e9cider si elle devait se cacher ou se justifier. Son visage n\u2019avait plus de certitude. Seulement une peur confuse : celle d\u2019avoir expos\u00e9 son vrai visage devant les mauvaises personnes.Dans la cabine, le silence avait chang\u00e9 de nature. Ce n\u2019\u00e9tait plus un silence g\u00ean\u00e9. C\u2019\u00e9tait un silence d\u2019attente.Comme si, au fond, tout le monde savait d\u00e9sormais : la vraie histoire commen\u00e7ait seulement maintenant.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"Un souffle continu, ti\u00e8de, r\u00e9gulier \u2014 celui des moteurs et de l\u2019air conditionn\u00e9 \u2014 remplissait l\u2019espace entre les rang\u00e9es, se glissant dans les \n<a class=\"moretag\" href=\"https:\/\/storyforyou.fun\/?p=981\"> [...]<\/a>","protected":false},"author":1,"featured_media":982,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[1],"tags":[],"class_list":["post-981","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-1"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/storyforyou.fun\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/981","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/storyforyou.fun\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/storyforyou.fun\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/storyforyou.fun\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/storyforyou.fun\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=981"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/storyforyou.fun\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/981\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":983,"href":"https:\/\/storyforyou.fun\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/981\/revisions\/983"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/storyforyou.fun\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/982"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/storyforyou.fun\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=981"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/storyforyou.fun\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=981"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/storyforyou.fun\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=981"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}