{"id":813,"date":"2026-02-04T18:58:34","date_gmt":"2026-02-04T15:58:34","guid":{"rendered":"https:\/\/storyforyou.fun\/?p=813"},"modified":"2026-02-04T18:58:34","modified_gmt":"2026-02-04T15:58:34","slug":"le-chien-a-tout-ressenti","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/storyforyou.fun\/?p=813","title":{"rendered":"\u00abLe chien a tout ressenti\u00bb"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La chambre 304 sentait l\u2019antiseptique, le plastique chaud et cette angoisse s\u00e8che que m\u00eame les h\u00f4pitaux les plus modernes n\u2019arrivent pas \u00e0 masquer. Les n\u00e9ons au plafond d\u00e9coupaient le monde en rectangles trop blancs. Dans l\u2019air, un souffle m\u00e9canique montait et retombait \u00e0 intervalles r\u00e9guliers \u2014 un bruit de mer artificielle, impersonnelle, qui remplissait la pi\u00e8ce \u00e0 la place d\u2019un vrai souffle humain.Sur le lit, Leo n\u2019avait plus l\u2019air d\u2019un enfant. Il \u00e9tait devenu une silhouette immobile, p\u00e2le, presque trop l\u00e9g\u00e8re pour exister. Un tuyau descendait de sa gorge vers le respirateur. Des capteurs parsemaient sa peau. Son petit poignet, celui qu\u2019il tendait d\u2019habitude pour attraper un ballon ou tirer la manche de son p\u00e8re, \u00e9tait attach\u00e9 \u00e0 une perfusion dont le cath\u00e9ter brillait sous la lumi\u00e8re, scotch\u00e9 avec une pr\u00e9cision clinique.\u00c0 c\u00f4t\u00e9, comme une statue vivante, Titan se tenait debout sur le matelas.Un Malinois belge de soixante-quinze livres, muscles tendus, flancs gonfl\u00e9s d\u2019une respiration courte. Ses pattes, pos\u00e9es de part et d\u2019autre du torse de l\u2019enfant, formaient une barri\u00e8re. Le chien n\u2019aboyait pas pour faire peur \u2014 il aboyait comme on crie une v\u00e9rit\u00e9, comme on appelle au secours quand personne n\u2019\u00e9coute.Mark Reynolds, en uniforme, se tenait \u00e0 l\u2019entr\u00e9e de la chambre, incapable d\u2019avancer davantage. Il avait d\u00e9j\u00e0 vu des morts. Il avait d\u00e9j\u00e0 port\u00e9 des corps, annonc\u00e9 des drames, s\u00e9curis\u00e9 des sc\u00e8nes o\u00f9 le sang avait s\u00e9ch\u00e9 en taches sombres. Il avait appris \u00e0 ranger la panique dans un tiroir mental, \u00e0 respirer comme si le monde ne pouvait pas le briser.Mais l\u00e0, ce n\u2019\u00e9tait pas une sc\u00e8ne. C\u2019\u00e9tait son fils.Sarah \u00e9tait pr\u00e8s du mur, une main sur la bouche, l\u2019autre crisp\u00e9e sur l\u2019angle d\u2019une chaise. Elle tremblait, comme si tout son squelette vibrait de l\u2019int\u00e9rieur. Ses yeux \u00e9taient rouges, gonfl\u00e9s, et pourtant, elle fixait Leo avec une obstination douloureuse, comme si regarder assez longtemps pouvait le ramener.Le m\u00e9decin responsable, le docteur Aris, se tenait \u00e0 quelques pas du lit, entour\u00e9 d\u2019une infirmi\u00e8re et d\u2019un interne. Il avait ce visage fatigu\u00e9 des gens qui s\u2019habituent \u00e0 l\u2019irr\u00e9parable, et ce ton pr\u00e9cis des m\u00e9decins quand ils veulent emp\u00eacher l\u2019\u00e9motion de fissurer la d\u00e9cision.\u2014 Officier Reynolds, dit-il en gardant une distance prudente, vous devez faire descendre l\u2019animal. Tout de suite.Titan r\u00e9pondit par un aboiement plus grave, comme si le mot \u00ab descendre \u00bb avait \u00e9t\u00e9 une provocation.\u2014 Titan\u2026 souffla Mark, la voix cass\u00e9e. Descends. Allez, mon grand\u2026 s\u2019il te pla\u00eet.Il utilisait son ton de travail, celui qui d\u2019habitude faisait plier les mauvaises d\u00e9cisions, les risques, l\u2019instinct. Ce ton qui, sur le terrain, d\u00e9clenchait l\u2019ob\u00e9issance avant m\u00eame la r\u00e9flexion.Mais Titan ne bougea pas.Ses yeux ambr\u00e9s, dilat\u00e9s, restaient fix\u00e9s sur Mark. Non pas avec agressivit\u00e9. Avec une intensit\u00e9 qui ressemblait \u00e0 du reproche. Comme si le chien refusait une erreur que l\u2019homme \u00e9tait sur le point de commettre.Le docteur Aris passa une main sur son front, agac\u00e9 par le temps qui s\u2019\u00e9tirait.\u2014 Il emp\u00eache l\u2019intervention, dit-il d\u2019une voix plus ferme. On ne peut rien faire dans ces conditions. S\u2019il mord quelqu\u2019un, je fais appeler la s\u00e9curit\u00e9 et le service animalier.Sarah \u00e9clata :\u2014 Mark\u2026 fais-le descendre ! Je t\u2019en supplie ! Il va\u2026 il va tout compliquer\u2026 On doit\u2026 on doit dire au revoir\u2026Le mot \u00ab au revoir \u00bb se brisa dans sa gorge. Elle se couvrit le visage, et un sanglot sourd s\u2019\u00e9chappa d\u2019elle, trop grand pour son corps.Mark sentit la col\u00e8re, la culpabilit\u00e9 et la peur se m\u00ealer en une seule masse br\u00fblante. Il avait jur\u00e9 de prot\u00e9ger. Il avait \u00e9t\u00e9 form\u00e9 pour r\u00e9agir. Pourtant, face \u00e0 ce lit, il n\u2019\u00e9tait plus un officier. Il \u00e9tait juste un p\u00e8re qui \u00e9chouait \u00e0 maintenir le monde en ordre.Il fit un pas vers Titan.Le chien montra les dents.Pas comme quand il attaquait sur ordre, pas comme une arme. Plut\u00f4t comme une porte qui se ferme. Un avertissement ancestral : tu n\u2019avances plus.\u2014 Titan\u2026 non\u2026 murmura Mark, abasourdi. C\u2019est moi.Un grondement vibrant r\u00e9pondit, si profond qu\u2019il sembla faire vibrer la barri\u00e8re du lit. L\u2019infirmi\u00e8re recula d\u2019un demi-pas. L\u2019interne avala sa salive.Le docteur Aris, lui, essaya de garder l\u2019ascendant :\u2014 Officier, reprit-il, votre fils pr\u00e9sente une absence d\u2019activit\u00e9 c\u00e9r\u00e9brale. Le respirateur maintient une ventilation m\u00e9canique, mais\u2026 le reste est\u2026 irr\u00e9versible. Nous devons discuter du protocole. Nous devons\u2026<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u2014 Descends, Titan, r\u00e9p\u00e9ta Mark, cette fois plus bas, comme \u00e0 l\u2019oreille d\u2019un ami. Allez. Fais-moi confiance.Titan ne descendit toujours pas. Au contraire, il se pencha.Avec une lenteur presque humaine, il posa sa t\u00eate sur la poitrine de Leo. Un contact doux, un geste de protection. Puis il commen\u00e7a \u00e0 l\u00e9cher le visage de l\u2019enfant, m\u00e9thodiquement : le menton, la joue, le coin des yeux, le front. Comme s\u2019il effa\u00e7ait quelque chose d\u2019invisible. Comme s\u2019il cherchait un signal, une r\u00e9ponse, un souffle.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u2014 C\u2019est\u2026 c\u2019est horrible, sanglota Sarah. Il ne comprend pas\u2026<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u2014 C\u2019est un comportement de grooming, murmura l\u2019interne, plus pour se rassurer que pour informer. Un comportement de lien\u2026Le docteur Aris secoua la t\u00eate.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u2014 Il r\u00e9agit au stress, voil\u00e0 tout. Officier, maintenant.Mark se sentit vaciller. La logique. Les diagnostics. Les scanners. Les mots \u00ab absence \u00bb et \u00ab irr\u00e9versible \u00bb. Tout cela formait une muraille. Pourtant, Titan, lui, semblait lutter contre un ennemi que personne ne voyait.Et puis, soudain, Titan s\u2019arr\u00eata.Le l\u00e9chage cessa net. Le grondement disparut.Le chien dressa les oreilles. Son corps se figea comme une alerte.Il descendit sa truffe vers la main gauche de Leo \u2014 celle o\u00f9 le cath\u00e9ter \u00e9tait fix\u00e9. Il renifla longuement, profond\u00e9ment, comme lorsqu\u2019il cherchait une piste dans une ruelle humide. Son souffle soulevait \u00e0 peine le ruban de sparadrap. Il insista, revint, renifla encore, comme si cette odeur racontait un secret.Puis Titan leva la t\u00eate et aboya.Un seul aboiement, explosif, qui fit sursauter tout le monde.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u2014 Titan ! cria Mark, r\u00e9flexe.Le chien ne lui ob\u00e9it pas. Il tourna la t\u00eate vers la machine, vers les \u00e9crans.Il aboya encore, plus court. Puis il fixa Mark, comme s\u2019il disait : regarde.Mark suivit ce regard malgr\u00e9 lui.Le moniteur cardiaque affichait un trac\u00e9 r\u00e9gulier, presque trop r\u00e9gulier. Un rythme propre, stable, comme une simulation. \u00c0 c\u00f4t\u00e9, la saturation semblait parfaite, irr\u00e9aliste : 100 %. Et pourtant\u2026<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u2014 Vous voyez ? dit le docteur Aris, comme si cela confirmait tout. Les chiffres sont bons. Il n\u2019y a rien\u2014Il s\u2019interrompit.Mark venait de remarquer quelque chose de minuscule, mais terrifiant : la couleur des l\u00e8vres de Leo. Une nuance bleut\u00e9e, discr\u00e8te, qui semblait s\u2019approfondir. Une teinte qu\u2019aucun parent ne devrait conna\u00eetre.\u2014 Pourquoi\u2026 pourquoi il devient bleu ? chuchota Sarah.Le docteur Aris s\u2019avan\u00e7a, inquiet malgr\u00e9 lui. Il observa Leo de plus pr\u00e8s.Titan, lui, renifla encore le cath\u00e9ter, puis se redressa et aboya vers la prise du respirateur, comme un chien qui signalerait une cache.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u2014 Il emp\u00eache l\u2019intervention, r\u00e9p\u00e9ta le docteur, mais sa voix avait perdu de son assurance.Mark sentit quelque chose se briser dans son esprit : un espace minuscule o\u00f9 une autre hypoth\u00e8se pouvait entrer. Titan n\u2019\u00e9tait pas un animal en crise. Titan \u00e9tait un professionnel. Et surtout, Titan ne \u00ab signalait \u00bb jamais sans raison.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u2014 Docteur, dit Mark, la gorge s\u00e8che, \u00e9coutez-le.\u2014 Pardon ?\u2014 Titan ne fait pas \u00e7a. Ce n\u2019est pas\u2026 un caprice. C\u2019est son alerte. Il d\u00e9tecte quelque chose.Le docteur Aris eut un rire bref, nerveux.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u2014 Officier, avec tout le respect\u2026 votre chien ne fait pas de m\u00e9decine.Mark s\u2019avan\u00e7a d\u2019un pas, sans quitter Titan des yeux.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u2014 Non. Mais il d\u00e9tecte les anomalies. Il d\u00e9tecte ce qui ne devrait pas \u00eatre l\u00e0. Vous m\u2019avez dit que le respirateur respirait pour lui. Titan, lui, me dit que quelque chose cloche.La tension dans la pi\u00e8ce devint tangible. L\u2019infirmi\u00e8re regarda le docteur, h\u00e9sitante. Sarah, le visage tremp\u00e9 de larmes, cherchait \u00e0 comprendre \u2014 et cette compr\u00e9hension avait la forme d\u2019un espoir trop dangereux.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u2014 On n\u2019a pas le temps, marmonna le docteur Aris. Si vous voulez continuer \u00e0\u2026 \u00e0 croire \u00e0 un miracle, libre \u00e0 vous. Mais moi, je dois assurer la s\u00e9curit\u00e9 du patient<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u2014Titan aboya encore. Un coup sec.Mark ne r\u00e9fl\u00e9chit plus. Son instinct de flic, celui qui sait reconna\u00eetre une sc\u00e8ne qui ne colle pas, prit le dessus.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u2014 V\u00e9rifiez la machine, ordonna-t-il, la voix tremblante mais autoritaire. Maintenant.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u2014 Officier\u2026\u2014 V\u00e9rifiez. La. Machine.Le docteur Aris le fixa, choqu\u00e9 par ce ton. Puis il jeta un regard \u00e0 Leo. \u00c0 ses l\u00e8vres bleues. \u00c0 Titan, immobile, regard ancr\u00e9 sur le respirateur.L\u2019assurance se fissura.Il s\u2019approcha enfin du ventilateur. <\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Tapota l\u2019\u00e9cran, regarda les r\u00e9glages, v\u00e9rifia les connexions. Tout affichait la normalit\u00e9. Tout affichait une perfection.Mais le son\u2026 le son du m\u00e9canisme \u00e9tait \u00e9trange. Comme si une pi\u00e8ce tournait \u00e0 vide. Comme si un souffle \u00e9tait simul\u00e9 sans r\u00e9ellement traverser.Le docteur pencha la t\u00eate, colla son oreille pr\u00e8s de la coque.\u2014 Attendez\u2026 souffla-t-il.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u2014 Quoi ? demanda Sarah, d\u00e9j\u00e0 au bord du vide.Le docteur se redressa lentement.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u2014 Le syst\u00e8me\u2026 il affiche un d\u00e9bit correct\u2026 mais\u2026 le bruit de la valve\u2026 il n\u2019est pas coh\u00e9rent.Un frisson parcourut Mark.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u2014 Qu\u2019est-ce que \u00e7a veut dire ?Le docteur Aris p\u00e2lit.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u2014 \u00c7a veut dire que l\u2019affichage peut refl\u00e9ter les param\u00e8tres programm\u00e9s\u2026 sans garantir l\u2019output r\u00e9el. S\u2019il y a une obstruction\u2026 ou un d\u00e9faut\u2026 il peut\u2026Il n\u2019osa pas finir sa phrase.Mais Sarah, elle, comprit.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u2014 Il ne respire pas ? haleta-t-elle.Le docteur se retourna brutalement vers l\u2019infirmi\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u2014 Ambu-bag ! Tout de suite ! Crash cart ! Je veux une gazom\u00e9trie art\u00e9rielle maintenant !La chambre explosa en mouvement. L\u2019infirmi\u00e8re se pr\u00e9cipita vers le mur, arracha un ballon de r\u00e9animation. Le docteur d\u00e9connecta le tuyau du respirateur avec un geste pr\u00e9cis.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"> Un instant, le souffle m\u00e9canique s\u2019arr\u00eata, et le silence fut si terrifiant qu\u2019il sembla avaler tout l\u2019air.Puis le docteur commen\u00e7a \u00e0 ventiler manuellement.Squeeze. Release. Squeeze. Release.Le ballon se gonflait et se d\u00e9gonflait comme un c\u0153ur artificiel.Mark n\u2019arrivait plus \u00e0 respirer. Il regardait les mains du m\u00e9decin, il regardait le visage de Leo, il regardait Titan.Titan ne bougeait plus. Il ne grondait plus. Il s\u2019\u00e9tait assis, \u00e0 c\u00f4t\u00e9 du lit, exactement comme lorsqu\u2019il indiquait une cible vivante. Ses yeux fixaient Leo, et sa queue remuait \u00e0 peine, comme une pri\u00e8re silencieuse.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u2014 Come on\u2026 murmura Mark en anglais sans s\u2019en rendre compte. Come on, buddy\u2026Sarah s\u2019\u00e9tait approch\u00e9e, \u00e0 genoux au pied du lit, sans oser toucher son fils. Elle tremblait tellement que ses doigts semblaient incapables d\u2019appartenir \u00e0 un corps.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u2014 S\u2019il te pla\u00eet\u2026 s\u2019il te pla\u00eet\u2026 r\u00e9p\u00e9tait-elle, comme un mantra.Le docteur, en sueur, continuait \u00e0 ventiler.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u2014 Si c\u2019est juste une hypoxie\u2026 si l\u2019an\u00e9vrisme n\u2019a pas tout d\u00e9truit\u2026 tiens bon\u2026L\u2019interne arriva avec un chariot, des c\u00e2bles, des seringues. Les alarmes du moniteur chang\u00e8rent de tonalit\u00e9. Une nouvelle couleur apparut sur l\u2019\u00e9cran.Puis, soudain\u2026Un bip diff\u00e9rent.Un bip qui n\u2019avait pas la r\u00e9gularit\u00e9 d\u2019une simulation. Un bip imparfait. Humain.Le trac\u00e9 sur le moniteur cardiaque trembla. Une ligne apparut, h\u00e9sitante, puis reprit, plus nette.BIP\u2026 BIP\u2026La saturation, elle, chuta puis remonta. Les chiffres cess\u00e8rent d\u2019\u00eatre trop parfaits.\u2014 Regardez ! cria l\u2019infirmi\u00e8re.Le docteur Aris leva la t\u00eate vers l\u2019\u00e9cran, le visage fig\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u2014 C\u2019est\u2026 impossible, souffla-t-il.Le trac\u00e9 continuait. Pas un miracle complet, pas une gu\u00e9rison instantan\u00e9e. Mais une preuve. Une r\u00e9ponse.Mark sentit son corps s\u2019effondrer de l\u2019int\u00e9rieur, mais cette fois, ce n\u2019\u00e9tait pas la chute du d\u00e9sespoir. C\u2019\u00e9tait un vertige d\u2019incr\u00e9dulit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u2014 Il\u2026 il a un pouls\u2026 murmura-t-il.Sarah porta une main \u00e0 sa bouche et \u00e9clata en pleurs, un m\u00e9lange de douleur et de joie, comme si son \u00e2me ne savait plus quel langage utiliser.Le docteur Aris fixa le moniteur, puis Leo, puis Titan.Son visage \u2014 ce visage professionnel, ferm\u00e9, entra\u00een\u00e9 \u00e0 garder la distance \u2014 se d\u00e9composa.Ses l\u00e8vres s\u2019entrouvrirent, et pendant une seconde, il n\u2019\u00e9tait plus un m\u00e9decin qui sait tout. Il \u00e9tait un homme qui venait de comprendre qu\u2019il avait failli prononcer une fin trop t\u00f4t.L\u2019interne resta bouche b\u00e9e.Mark, lui, tourna la t\u00eate vers Titan.Le chien regardait toujours Leo. <\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Mais ses oreilles s\u2019\u00e9taient l\u00e9g\u00e8rement d\u00e9tendues. Il ne souriait pas \u2014 les chiens ne sourient pas comme les humains \u2014 pourtant, quelque chose dans sa posture disait : je vous l\u2019avais dit.Mark approcha une main, lentement, comme on approche d\u2019un miracle fragile.Cette fois, Titan ne grogna pas.Il se contenta de pencher sa t\u00eate contre la main de Mark, bri\u00e8vement, comme une permission.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Et, dans ce contact, Mark sentit une \u00e9vidence brutale : Titan n\u2019avait pas seulement prot\u00e9g\u00e9 un corps. Il avait prot\u00e9g\u00e9 une chance. Une seconde de vie arrach\u00e9e \u00e0 l\u2019erreur, au protocole, \u00e0 la fatigue.Le docteur Aris reprit ses ordres, plus vite, plus humblement :\u2014 On le stabilise. On change le respirateur. On contr\u00f4le les gaz. On fait un scanner de contr\u00f4le. <\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Et\u2026 on ne l\u00e2che rien.Dans la chambre 304, le monde ne redevenait pas normal. Il ne le redeviendrait jamais.Mais, au-dessus d\u2019un petit lit d\u2019h\u00f4pital, dans le clignotement froid des \u00e9crans, une ligne fragile battait.Et un chien, assis comme un gardien, veillait.Comme si, depuis le d\u00e9but, il avait compris quelque chose que les humains avaient mis trop longtemps \u00e0 entendre : parfois, l\u2019espoir ne vient pas d\u2019un diagnostic.Il vient d\u2019un aboiement.Et de quelqu\u2019un qui refuse d\u2019abandonner.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"La chambre 304 sentait l\u2019antiseptique, le plastique chaud et cette angoisse s\u00e8che que m\u00eame les h\u00f4pitaux les plus modernes n\u2019arrivent pas \u00e0 masquer. \n<a class=\"moretag\" href=\"https:\/\/storyforyou.fun\/?p=813\"> [...]<\/a>","protected":false},"author":1,"featured_media":814,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[1],"tags":[],"class_list":["post-813","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-1"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/storyforyou.fun\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/813","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/storyforyou.fun\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/storyforyou.fun\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/storyforyou.fun\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/storyforyou.fun\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=813"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/storyforyou.fun\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/813\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":815,"href":"https:\/\/storyforyou.fun\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/813\/revisions\/815"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/storyforyou.fun\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/814"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/storyforyou.fun\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=813"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/storyforyou.fun\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=813"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/storyforyou.fun\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=813"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}