{"id":2698,"date":"2026-08-04T17:44:40","date_gmt":"2026-08-04T14:44:40","guid":{"rendered":"https:\/\/storyforyou.fun\/?p=2698"},"modified":"2026-08-04T17:44:40","modified_gmt":"2026-08-04T14:44:40","slug":"personne-naurait-imagine-ce-qui-se-trouvait-sous-le-fond-de-cette-piscine","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/storyforyou.fun\/?p=2698","title":{"rendered":"\u00abPersonne n&#8217;aurait imagin\u00e9 ce qui se trouvait sous le fond de cette piscine\u00bb"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La villa des Ombres-Hautes ne dormait jamais tout \u00e0 fait ; elle retenait son souffle. Perch\u00e9e au-dessus des vallonnements bois\u00e9s qui bordaient la vall\u00e9e, cette vaste demeure contemporaine, alliance spectaculaire de b\u00e9ton brut, de lignes g\u00e9om\u00e9triques et d&#8217;immenses baies vitr\u00e9es, semblait avoir \u00e9t\u00e9 con\u00e7ue pour capturer la lumi\u00e8re du jour tout en abritant de sombres silences. \u00c0 l&#8217;int\u00e9rieur, les plafonds vertigineux et les sols en marbre poli r\u00e9sonnaient de l&#8217;absence de vie, ou plut\u00f4t d&#8217;une pr\u00e9sence spectrale que chacun s&#8217;effor\u00e7ait d&#8217;ignorer.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00c9l\u00e9onore avait vingt-quatre ans, mais elle poss\u00e9dait cette discr\u00e9tion rare et pr\u00e9coce des \u00eatres qui ont appris t\u00f4t \u00e0 se fondre dans le d\u00e9cor. Embauch\u00e9e depuis peine trois mois comme employ\u00e9e de maison et garde d&#8217;enfant au service de la famille Valmont, elle s&#8217;\u00e9tait adapt\u00e9e avec une souplesse exemplaire au rythme aust\u00e8re de la propri\u00e9t\u00e9. Sa tenue, d&#8217;une simplicit\u00e9 irr\u00e9prochable \u2014 un pantalon fluide sombre et une blouse l\u00e9g\u00e8re ajust\u00e9e \u2014 t\u00e9moignait de son d\u00e9sir de ne jamais attirer l&#8217;attention. Douce, r\u00e9serv\u00e9e, attentive au moindre d\u00e9tail, elle glissait dans les couloirs comme une ombre bienveillante, r\u00e9parant les faux pas du quotidien, essuyant les traces de pas sur les parquets pr\u00e9cieux et veillant sur le jeune Timoth\u00e9e avec une d\u00e9votion que personne ne lui avait express\u00e9ment demand\u00e9e, mais que tout le monde esp\u00e9rait en silence.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Timoth\u00e9e avait trois ans. Un \u00e2ge o\u00f9 l&#8217;enfance devrait \u00eatre un \u00e9clat de rire permanent, une suite ininterrompue de d\u00e9couvertes imp\u00e9tueuses et de genoux couronn\u00e9s. Pourtant, depuis son arriv\u00e9e dans cette maison, \u00c9l\u00e9onore n&#8217;avait connu qu&#8217;un enfant renferm\u00e9, drap\u00e9 dans un mutisme grave qui ne convenait pas \u00e0 ses petites \u00e9paules. La disparition brutale de sa m\u00e8re, survenue un an plus t\u00f4t dans des circonstances que l&#8217;on n&#8217;\u00e9voquait qu&#8217;\u00e0 demi-mot au sous-sol entre deux cycles de machine \u00e0 laver, avait \u00e9touff\u00e9 la joie de vivre du petit gar\u00e7on. Les m\u00e9decins avaient parl\u00e9 de traumatisme, de choc affectif, d&#8217;un retrait protecteur. Les domestiques, eux, murmuraient que la maison elle-m\u00eame retenait l&#8217;enfant prisonnier de sa propre m\u00e9lancolie.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le seul endroit o\u00f9 l&#8217;atmosph\u00e8re semblait perdre de sa rigidit\u00e9 \u00e9tait le pavillon d&#8217;eau. Situ\u00e9 dans l&#8217;aile ouest du domaine, ce bassin int\u00e9rieur monumental constituait le chef-d&#8217;\u0153uvre architectural de la r\u00e9sidence. Baign\u00e9 par une lumi\u00e8re naturelle \u00e9clatante gr\u00e2ce \u00e0 une verri\u00e8re monumentale donnant sur un jardin verdoyant, presque sauvage, o\u00f9 les foug\u00e8res g\u00e9antes et les c\u00e8dres centenaires rivalisaient de majest\u00e9, le bassin ressemblait \u00e0 un miroir liquide suspendu entre le luxe moderne et la nature brute. L&#8217;air y \u00e9tait toujours ti\u00e8de, charg\u00e9 d&#8217;une odeur l\u00e9g\u00e8re de chlore et de vapeur d&#8217;eau douce, coup\u00e9e par la senteur r\u00e9sineuse des pins qui s&#8217;\u00e9chappait des portes coulissantes entrebaill\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ce d\u00e9but d&#8217;apr\u00e8s-midi-l\u00e0, le soleil traversait les vitrages en faisceaux dor\u00e9s, faisant scintiller la surface turquoise de l&#8217;eau. Les reflets mouvants dansaient sur le plafond en b\u00e9ton liss\u00e9, dessinant des arabesques lumineuses qui semblaient vivantes. C&#8217;\u00e9tait l&#8217;heure o\u00f9 la maison s&#8217;assoupissait d&#8217;ordinaire, l&#8217;heure o\u00f9 les domestiques s&#8217;accordaient une pause et o\u00f9 le ma\u00eetre des lieux se enfermait dans son bureau du premier \u00e9tage.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00c9l\u00e9onore \u00e9tait accroupie au bord du bassin, les jambes repli\u00e9es sous elle, les pieds nus sur la margelle en pierre chaude. L&#8217;eau lui arrivait aux mi-bras. Dans le petit bain, Timoth\u00e9e, \u00e9quip\u00e9 de ses brassards orange vif, tapotait la surface de ses petites mains potel\u00e9es. Entre ses doigts, une petite balle flottante en caoutchouc jaune vif filait \u00e0 la surface, cr\u00e9ant de petites ondulations cristallines.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pour la premi\u00e8re fois depuis des semaines, le visage de l&#8217;enfant s&#8217;\u00e9tait \u00e9clair\u00e9. Ses yeux grands ouverts, d&#8217;un bleu profond h\u00e9rit\u00e9 de sa lign\u00e9e, ne traquaient plus les fant\u00f4mes des coins de pi\u00e8ces. Ils suivaient le trajet impr\u00e9visible du ballon.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00c9l\u00e9onore attrapa la balle avec douceur, la fit rouler sur l&#8217;eau vers le gar\u00e7onnet et laissa \u00e9chapper un sourire sinc\u00e8re, ce sourire chaleureux qu&#8217;elle gardait d&#8217;ordinaire enfoui sous sa r\u00e9serve professionnelle.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u2014 Bravo ! Tu te d\u00e9brouilles tr\u00e8s bien. Continue comme \u00e7a ! lan\u00e7a-t-elle d&#8217;une voix douce, m\u00e9lodieuse, d\u00e9barrass\u00e9e de toute retenue.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Timoth\u00e9e attrapa la balle au bond, la frappa de toutes ses forces minuscules et laissa jaillir un \u00e9clat de rire. Un rire pur, cristallin, retentissant, qui se r\u00e9percuta contre les parois de verre et le plafond du pavillon. Ce son, si rare, si pr\u00e9cieux, frappa l&#8217;air comme une note de musique oubli\u00e9e. L&#8217;enfant \u00e9claboussa l&#8217;eau avec enthousiasme, le visage fendu d&#8217;un bonheur simple, incontr\u00f4l\u00e9. \u00c9l\u00e9onore riait avec lui, essuyant d&#8217;un revers de main les gouttelettes ti\u00e8des qui venaient de lui fouetter le visage.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Elle ne voyait pas, cach\u00e9e derri\u00e8re le scintillement des gouttalettes et la magie du moment, la silhouette qui venait d&#8217;\u00e9merger de l&#8217;ombre du couloir menant au grand salon.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Arthur Valmont s&#8217;\u00e9tait arr\u00eat\u00e9 \u00e0 l&#8217;entr\u00e9e de la pi\u00e8ce d&#8217;eau.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00c0 quarante ans \u00e0 peine, l&#8217;homme en paraissait dix de plus tant les \u00e9preuves de l&#8217;existence avaient marqu\u00e9 les traits de son visage structurellement noble. D&#8217;une \u00e9l\u00e9gance stricte, presque clinique, il portait comme toujours un costume sobre, impeccablement coup\u00e9, d&#8217;un bleu nuit si fonc\u00e9 qu&#8217;il fr\u00f4lait le noir. Ses cheveux sombres, l\u00e9g\u00e8rement argent\u00e9s aux tempes, \u00e9taient peign\u00e9s en arri\u00e8re. Il d\u00e9gageait une autorit\u00e9 naturelle, froide, intimidante, le genre d&#8217;aura qui imposait le silence sans jamais avoir \u00e0 \u00e9lever la voix. Dans la maison, sa pr\u00e9sence \u00e9tait \u00e0 la fois pesante et insaisissable. Il voyageait souvent, g\u00e9rait son empire financier depuis son bureau insonoris\u00e9 et ne manifestait que rarement ses \u00e9motions.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pourtant, \u00e0 cet instant pr\u00e9cis, immobile sous l&#8217;arche de b\u00e9ton, Arthur Valmont semblait p\u00e9trifi\u00e9. Ses yeux sombres, d&#8217;ordinaire si imp\u00e9n\u00e9trables, fixaient la sc\u00e8ne avec une intensit\u00e9 troublante. La lumi\u00e8re dor\u00e9e de l&#8217;apr\u00e8s-midi soulignait la rigueur de sa posture, mais un fr\u00e9missement imperceptible traversa sa m\u00e2choire carr\u00e9e. Il regardait son fils. Il \u00e9coutait ce rire qu&#8217;il croyait \u00e9teint \u00e0 jamais.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Son regard passa de l&#8217;enfant \u00e0 la jeune femme. \u00c9l\u00e9onore, les cheveux l\u00e9g\u00e8rement humides coll\u00e9s \u00e0 ses tempes, les joues rosies par le jeu et la chaleur moite de la piscine, incarnait une vitalit\u00e9 simple, presque insolente au milieu de ce sanctuaire de marbre et de chagrin.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Sans faire le moindre bruit, le pas feutr\u00e9 par ses chaussures de cuir sur le sol antid\u00e9rapant, Arthur fit deux pas en avant. Il ne voulait pas briser le charme, mais la charge \u00e9motionnelle de la sc\u00e8ne lui arracha des mots qu&#8217;il n&#8217;avait pas pr\u00e9vus de prononcer \u00e0 haute voix.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u2014 Cela fait longtemps que je ne l&#8217;avais pas vu sourire ainsi&#8230; murmura-t-il d&#8217;une voix basse, rauque, \u00e0 peine plus timbr\u00e9e qu&#8217;un souffle.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le son de cette voix masculine, pourtant si retenue, coupa net le rire de l&#8217;enfant et l&#8217;envol\u00e9e du moment.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00c9l\u00e9onore sursauta. Son c\u0153ur fit un bond violent dans sa poitrine. Elle se retourna vivement, le corps tendu par un r\u00e9flexe de recul presque instinctif. En d\u00e9couvrant M. Valmont debout \u00e0 quelques m\u00e8tres d&#8217;elle, le regard pos\u00e9 sur eux, la couleur lui monta imm\u00e9diatement aux joues. La culpabilit\u00e9 de s&#8217;\u00eatre laiss\u00e9e aller \u00e0 une telle familiarit\u00e9, d&#8217;avoir bris\u00e9 le protocole strict que la gouvernante en chef lui rappela quotidiennement, la submergea.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Elle se redressa pr\u00e9cipitamment, lissant machinalement sa tenue tremp\u00e9e par les \u00e9claboussures, n&#8217;osant croiser directement le regard imposant de son employeur. Son attitude chaleureuse s&#8217;effa\u00e7a \u00e0 l&#8217;instant m\u00eame, remplac\u00e9e par une rigidit\u00e9 d\u00e9fensive et timide.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u2014 Excusez-moi, monsieur&#8230; balbutia-t-elle, la voix l\u00e9g\u00e8rement tremblante, les yeux baiss\u00e9s vers les dalles humides. J&#8217;esp\u00e8re&#8230; j&#8217;esp\u00e8re ne pas avoir d\u00e9pass\u00e9 mes fonctions&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le silence qui suivit fut plus lourd que le bruit de l&#8217;eau. Timoth\u00e9e lui-m\u00eame s&#8217;\u00e9tait tu, saisissant sa balle jaune contre son torse, observant son p\u00e8re avec une curiosit\u00e9 prudente. L&#8217;eau du bassin finit par se calmer, les vagues s&#8217;att\u00e9nu\u00e8rent jusqu&#8217;\u00e0 redevenir une surface lisse o\u00f9 se refl\u00e9tait le ciel d&#8217;\u00e9t\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Arthur Valmont ne manifesta ni col\u00e8re ni agacement. Son visage avait retrouv\u00e9 son masque de marbre habituel, mais une lueur ind\u00e9chiffrable persistait au fond de ses yeux. Il s&#8217;avan\u00e7a encore, calmement, les mains gliss\u00e9es dans les poches de son pantalon de costume. Ses pas r\u00e9sonnaient doucement dans l&#8217;espace vo\u00fbt\u00e9. Il s&#8217;arr\u00eata au bord du bassin, fixa son fils pendant de longues secondes. Un tr\u00e8s l\u00e9ger sourire, presque invisible, effleura la commissure de ses l\u00e8vres \u2014 une expression si fugace qu&#8217;\u00c9l\u00e9onore aurait pu croire l&#8217;avoir imagin\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Puis, le p\u00e8re se tourna lentement vers la jeune femme. L&#8217;atmosph\u00e8re de la pi\u00e8ce sembla se rafra\u00eechir d&#8217;un coup, malgr\u00e9 la moiteur de l&#8217;air ambiant.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u2014 J&#8217;aimerais vous parler un instant, dit-il d&#8217;un ton neutre, pos\u00e9, mais exempt de toute possibilit\u00e9 de refus. Rejoignez-moi quand vous aurez termin\u00e9 ici.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il n&#8217;attendit pas de r\u00e9ponse. Tournant les talons avec une pr\u00e9cision militaire, il s&#8217;\u00e9loigna d&#8217;un pas lent et r\u00e9gulier, s&#8217;enfon\u00e7ant \u00e0 nouveau dans le couloir sombre qui menait au c\u0153ur de la r\u00e9sidence.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00c9l\u00e9onore resta immobile, comme clou\u00e9e au sol. Ses doigts se crisp\u00e8rent l\u00e9g\u00e8rement sur le tissu de son pantalon. Sa poitrine se soulevait au rythme d&#8217;une respiration rapide, saccad\u00e9e. Une inqui\u00e9tude sourde, visc\u00e9rale, venait de s&#8217;emparer d&#8217;elle. Pourquoi voulait-il lui parler ? Allait-il la renvoyer pour avoir manqu\u00e9 de r\u00e9serve ? Ou pire&#8230; avait-il devin\u00e9 quelque chose ?<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Fin de la sc\u00e8ne. Mais pour \u00c9l\u00e9onore, le cauchemar du doute ne faisait que commencer.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les vingt minutes qui suivirent furent une \u00e9preuve d&#8217;endurance psychologique. \u00c9l\u00e9onore s&#8217;effor\u00e7a d&#8217;extirper Timoth\u00e9e de l&#8217;eau avec la m\u00eame douceur m\u00e9thodique que d&#8217;habitude, mais ses gestes \u00e9taient devenus m\u00e9caniques, presque f\u00e9briles. Elle l&#8217;enveloppa dans une grande serviette moelleuse, s\u00e9cha ses petits membres froids, lui enfila ses v\u00eatements d&#8217;int\u00e9rieur en lui murmurant des paroles rassurantes qu&#8217;elle-m\u00eame n&#8217;entendait pas. L&#8217;enfant, sentant la tension subite de sa jeune garde, ne dit mot. Il la regardait de ses grands yeux tristes, ayant perdu le rayonnement \u00e9ph\u00e9m\u00e8re de la piscine.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Apr\u00e8s avoir confi\u00e9 Timoth\u00e9e \u00e0 la seconde gouvernante dans la nursery de l&#8217;aile est, \u00c9l\u00e9onore prit quelques secondes pour se ressaisir dans les toilettes du personnel. Dans le miroir, son visage lui apparut d&#8217;une p\u00e2leur spectrale. Elle recoiffa ses cheveux humides, rajusta le col de sa chemise et inspira profond\u00e9ment. Il lui fallait affronter Arthur Valmont.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le bureau du ma\u00eetre de maison se situait au deuxi\u00e8me \u00e9tage, dans une partie du domaine o\u00f9 le personnel n&#8217;avait acc\u00e8s que sur convocation explicite. Pour y acc\u00e9der, il fallait emprunter un grand escalier suspendu en verre et en acier, puis traverser une galerie de portraits familiaux o\u00f9 les anc\u00eatres des Valmont semblaient juger chaque intrus de leur regard peint \u00e0 l&#8217;huile.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Arriv\u00e9e devant la lourde porte en ch\u00eane massif garnie de cuir noir, \u00c9l\u00e9onore h\u00e9sita. Le silence du deuxi\u00e8me \u00e9tage \u00e9tait absolu, interrompu seulement par le ronronnement lointain de la climatisation centrale. Elle leva une main tremblante et frappa trois coups discrets.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u2014 Entrez, fit la voix d&#8217;Arthur, \u00e9touff\u00e9e par l&#8217;\u00e9paisseur du bois.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00c9l\u00e9onore poussa la porte et p\u00e9n\u00e9tra dans la pi\u00e8ce.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le bureau \u00e9tait \u00e0 l&#8217;image de son propri\u00e9taire : vaste, d\u00e9pouill\u00e9, d&#8217;une \u00e9l\u00e9gance glaciale. Une baie vitr\u00e9e plein nord offrait une vue panoramique sur la for\u00eat dense qui bordait la propri\u00e9t\u00e9. Aucun bibelot superflu ne venait encombrer les \u00e9tag\u00e8res de bois sombre. Seuls des dossiers parfaitement align\u00e9s et quelques \u0153uvres d&#8217;art abstrait habillaient l&#8217;espace. Arthur Valmont \u00e9tait debout derri\u00e8re son immense bureau en verre noir, tournant le dos \u00e0 la porte, les mains crois\u00e9es derri\u00e8re le dos, observant le paysage ext\u00e9rieur o\u00f9 les premi\u00e8res ombres du soir commen\u00e7aient \u00e0 s&#8217;\u00e9tendre.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00c9l\u00e9onore fit quelques pas sur le tapis \u00e9pais qui \u00e9touffait le son de ses pieds, puis s&#8217;arr\u00eata \u00e0 une distance respectable.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u2014 Vous me m&#8217;avez demand\u00e9, monsieur&#8230; dit-elle d&#8217;une voix qu&#8217;elle s&#8217;effor\u00e7a de rendre ferme.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Arthur ne se retourna pas imm\u00e9diatement. Il resta silencieux durant de longues secondes qui parurent des heures \u00e0 la jeune femme. Le tic-tac d&#8217;une horloge murale invisible semblait scander le cours d\u00e9sordonn\u00e9 de ses pens\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u2014 \u00c9l\u00e9onore, commen\u00e7a-t-il enfin, sa voix r\u00e9sonnant avec une clart\u00e9 presque d\u00e9rangeante dans la vaste pi\u00e8ce. Cela fait exactement quatre-vingt-douze jours que vous avez rejoint notre demeure. Durant cette p\u00e9riode, j&#8217;ai observ\u00e9 votre travail avec une attention particuli\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00c9l\u00e9onore baissa l\u00e9g\u00e8rement la t\u00eate, n&#8217;osant interrompre.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u2014 Vous \u00eates discr\u00e8te, poursuivit-il en se tournant lentement vers elle. Vous ex\u00e9cutez vos t\u00e2ches avec une pr\u00e9cision remarquable. Mais aujourd&#8217;hui&#8230; aujourd&#8217;hui, vous avez accompli ce que personne dans cette maison, pas m\u00eame les sp\u00e9cialistes les plus \u00e9minents de la capitale, n&#8217;a r\u00e9ussi \u00e0 faire depuis un an. Vous avez fait rire mon fils.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il contourna le bureau d&#8217;un pas lent, s&#8217;approchant d&#8217;elle. Son regard, d&#8217;une lucidit\u00e9 per\u00e7ante, ne la quittait pas. \u00c9l\u00e9onore sentit un frisson lui parcourir la colonne vert\u00e9brale. La louange ressemblait \u00e9trangement \u00e0 un interrogatoire.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u2014 Je&#8230; j&#8217;aime simplement beaucoup Timoth\u00e9e, monsieur, r\u00e9pondit-elle doucement. C&#8217;est un enfant merveilleux. Il a juste besoin de chaleur et de pr\u00e9sence&#8230; L&#8217;eau lui fait du bien, cela le lib\u00e8re du poids de&#8230; de la maison.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Arthur s&#8217;arr\u00eata \u00e0 deux m\u00e8tres d&#8217;elle. Il croisa les bras sur sa poitrine, penchant l\u00e9g\u00e8rement la t\u00eate sur le c\u00f4t\u00e9, comme s&#8217;il analysait un sp\u00e9cimen rare.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u2014 Le poids de la maison&#8230; r\u00e9p\u00e9ta-t-il avec une pointe d&#8217;amertume dans la voix. Oui. C&#8217;est une fa\u00e7on po\u00e9tique de d\u00e9crire le deuil et le myst\u00e8re. Vous pensez donc que cette maison est lourde, \u00c9l\u00e9onore ?<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u2014 Je ne me permettrais pas de juger votre demeure, monsieur, rectifia-t-elle aussit\u00f4t, regrettant imm\u00e9diatement ses mots.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u2014 Ne vous excusez pas. Vous avez raison, dit-il en baissant le ton, acqu\u00e9rant une gravit\u00e9 nouvelle. Cette maison est un tombeau. Depuis la disparition de ma femme, H\u00e9l\u00e8ne, la joie y est bannie. Ou du moins&#8230; elle l&#8217;\u00e9tait jusqu&#8217;\u00e0 ce soir.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il fit une pause, posa son regard sur la baie vitr\u00e9e o\u00f9 la p\u00e9nombre s&#8217;\u00e9paississait. Le jardin verdoyant qu&#8217;on apercevait plus t\u00f4t n&#8217;\u00e9tait plus qu&#8217;une masse sombre et mena\u00e7ante sous le ciel cr\u00e9pusculaire.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u2014 Dites-moi, \u00c9l\u00e9onore&#8230; Avez-vous d\u00e9j\u00e0 perdu quelqu&#8217;un que vous aimiez plus que votre propre vie ? demanda-t-il soudain.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La question tomba comme un couperet. \u00c9l\u00e9onore sentit son sang se glacer. Elle serra les poings cach\u00e9s dans ses poches.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u2014 Tout le monde conna\u00eet la perte d&#8217;une mani\u00e8re ou d&#8217;une autre, monsieur, \u00e9luda-t-elle prudemment.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u2014 Sans doute, murmura Arthur. Mais la perte sans r\u00e9ponse est un poison lent. H\u00e9l\u00e8ne est partie il y a un an, sans laisser de mot, sans laisser de trace. La police a conclu \u00e0 une fuite volontaire, puis \u00e0 un noyade accidentelle dans la rivi\u00e8re voisine lorsque son v\u00e9hicule a \u00e9t\u00e9 retrouv\u00e9 immerg\u00e9 trois mois plus tard. Mais aucun corps n&#8217;a jamais \u00e9t\u00e9 rep\u00each\u00e9. Timoth\u00e9e \u00e9tait pr\u00e9sent ce jour-l\u00e0. Il avait deux ans. Il a vu quelque chose&#8230; mais il a cess\u00e9 de parler le soir m\u00eame.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00c9l\u00e9onore retenait son souffle. Elle connaissait cette version officielle, celle que la presse avait largement relay\u00e9e \u00e0 l&#8217;\u00e9poque. La disparition de la c\u00e9l\u00e8bre h\u00e9riti\u00e8re H\u00e9l\u00e8ne Valmont avait fait la une des journaux pendant des semaines.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u2014 Si je vous ai fait venir ici, \u00c9l\u00e9onore, reprenait Arthur en repla\u00e7ant ses yeux droits dans les siens, ce n&#8217;est pas pour vous r\u00e9primander. C&#8217;est parce que vous avez ouvert une br\u00e8che. Le rire de Timoth\u00e9e cet apr\u00e8s-midi&#8230; ce n&#8217;\u00e9tait pas seulement de la joie. C&#8217;\u00e9tait un signe de d\u00e9blocage. Il commence \u00e0 vous faire confiance. Plus qu&#8217;\u00e0 moi. Plus qu&#8217;\u00e0 quiconque.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u2014 Monsieur, je ne fais que mon travail&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u2014 Non, interrompit-il d&#8217;un ton ferme mais non violent. Ce n&#8217;est plus une question de travail. J&#8217;ai besoin de savoir ce qui s&#8217;est pass\u00e9 ce soir-l\u00e0. Et je pense que Timoth\u00e9e ne parlera qu&#8217;\u00e0 vous. Je veux que vous l&#8217;aidiez \u00e0 se souvenir. Je veux que vous soyez celle qui extrait la v\u00e9rit\u00e9 de son silence.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Un silence lourd s&#8217;installa entre eux. \u00c9l\u00e9onore sentait son c\u0153ur battre la chamade. La proposition d&#8217;Arthur semblait \u00eatre celle d&#8217;un p\u00e8re d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9 cherchant la v\u00e9rit\u00e9 sur le drame de sa vie. Mais il y avait dans l&#8217;attitude de cet homme, dans la fixit\u00e9 de son regard et dans la froideur calcul\u00e9e de sa voix, quelque chose qui sonnait faux. Une dissonance imperceptible mais effrayante.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u2014 Je ferai de mon mieux pour le petit, monsieur, murmura-t-elle enfin.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u2014 Je n&#8217;en doute pas, dit Arthur avec un brin de satisfaction froide. Vous pouvez disposer. Ah, une derni\u00e8re chose&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00c9l\u00e9onore, qui avait d\u00e9j\u00e0 fait demi-tour vers la porte, s&#8217;arr\u00eata net.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u2014 Votre dossier de candidature \u00e9tait parfait, \u00c9l\u00e9onore. Vos r\u00e9f\u00e9rences dans la famille de Rochebrune \u00e9taient irr\u00e9prochables. Mais dites-moi&#8230; pourquoi une jeune femme titulaire d&#8217;un master en psychologie infantile de la Sorbonne postulerait-elle comme simple femme de chambre anonyme dans une r\u00e9sidence isol\u00e9e ?<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La question frappa \u00c9l\u00e9onore avec la force d&#8217;un impact physique. Son souffle se coupa. Dans le bureau, le temps sembla s&#8217;arr\u00eater. Elle ne se retourna pas imm\u00e9diatement, n&#8217;osant laisser voir la terreur qui venait de traverser son visage.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Arthur ne bougea pas. Il la regardait de dos, les bras le long du corps, arborant cet imperceptible sourire myst\u00e9rieux qu&#8217;il avait eu au bord de la piscine.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u2014 Ne r\u00e9pondez pas ce soir, dit-il d&#8217;une voix presque caressante, empoisonn\u00e9e de sous-entendus. Nous aurons tout le temps d&#8217;en reparler. Allez vous reposer. Vous avez eu une longue journ\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00c9l\u00e9onore ne r\u00e9pondit rien. Elle ouvrit la porte, s&#8217;\u00e9clipsa dans le couloir sombre et referma doucement le panneau de ch\u00eane derri\u00e8re elle.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ses jambes la portaient \u00e0 peine. Elle descendit les marches de verre dans un \u00e9tat de semi-conscience, le c\u0153ur pr\u00eat \u00e0 exploser. Il savait. Ou du moins, il se doutait qu&#8217;elle n&#8217;\u00e9tait pas celle qu&#8217;elle pr\u00e9tendait \u00eatre.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Elle se pr\u00e9cipita vers l&#8217;aile r\u00e9serv\u00e9e au personnel, au rez-de-chauss\u00e9e. Sa chambre \u00e9tait une petite pi\u00e8ce sobre, meubl\u00e9e d&#8217;un lit \u00e9troit, d&#8217;une armoire et d&#8217;un petit bureau en pin. D\u00e8s qu&#8217;elle fut \u00e0 l&#8217;int\u00e9rieur, elle verrouilla la porte \u00e0 double tour, glissa le verrou de s\u00e9curit\u00e9 et s&#8217;adossa contre le bois, la main pos\u00e9e sur sa poitrine haletante.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La nuit \u00e9tait maintenant compl\u00e8tement tomb\u00e9e sur les Ombres-Hautes. Au-dehors, le vent soufflait doucement dans les grands c\u00e8dres du parc, faisant grincer les branches contre les baies vitr\u00e9es de la villa.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00c9l\u00e9onore s&#8217;avan\u00e7a vers son armoire. Elle poussa les uniformes pli\u00e9s, souleva la doublure en tissu du fond du meuble et en retira une petite bo\u00eete en m\u00e9tal noir, soigneusement dissimul\u00e9e sous une planchette de bois.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les doigts tremblants, elle ouvrit la bo\u00eete. \u00c0 l&#8217;int\u00e9rieur se trouvaient un enregistreur num\u00e9rique miniature, un carnet de notes rempli d&#8217;une \u00e9criture serr\u00e9e et une photographie froiss\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00c9l\u00e9onore prit la photo. \u00c0 la lumi\u00e8re tamis\u00e9e de la lampe de chevet, le clich\u00e9 r\u00e9v\u00e9lait deux jeunes femmes souriantes au bord d&#8217;une plage ensoleill\u00e9e, quelques ann\u00e9es plus t\u00f4t. L&#8217;une d&#8217;elles \u00e9tait \u00c9l\u00e9onore. L&#8217;autre, aux cheveux blonds et au regard rieur, n&#8217;\u00e9tait autre qu&#8217;H\u00e9l\u00e8ne Valmont.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">H\u00e9l\u00e8ne n&#8217;\u00e9tait pas seulement la d\u00e9funte ma\u00eetresse de cette maison. Elle \u00e9tait la s\u0153ur a\u00een\u00e9e d&#8217;\u00c9l\u00e9onore \u2014 une s\u0153ur n\u00e9e d&#8217;un premier lit, dont la famille Valmont avait toujours ignor\u00e9 l&#8217;existence en raison d&#8217;une ancienne brouille familiale.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00c9l\u00e9onore n&#8217;\u00e9tait pas venue aux Ombres-Hautes par hasard. Elle n&#8217;\u00e9tait pas l\u00e0 pour d\u00e9crocher un travail de domestique. Elle s&#8217;\u00e9tait infiltr\u00e9e sous un faux nom, fabriquant de toutes pi\u00e8ces un CV parfait de gouvernante, dans un seul but : d\u00e9couvrir ce qui \u00e9tait r\u00e9ellement arriv\u00e9 \u00e0 sa s\u0153ur. Car \u00c9l\u00e9onore n&#8217;avait jamais cru \u00e0 la th\u00e8se de l&#8217;accident ou de la fuite. Le dernier message vocal qu&#8217;H\u00e9l\u00e8ne lui avait envoy\u00e9, la veille de sa disparition, \u00e9tait un cri de terreur murmur\u00e9 \u00e0 la h\u00e2te : <em>&#8220;S&#8217;il me arrive quelque chose, \u00c9l\u00e9onore, sache qu&#8217;il sait que j&#8217;ai d\u00e9couvert son secret&#8230;&#8221;<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Jusqu&#8217;\u00e0 aujourd&#8217;hui, \u00c9l\u00e9onore avait pens\u00e9 que le secret en question \u00e9tait li\u00e9 aux affaires financi\u00e8res louches d&#8217;Arthur. Mais le comportement de cet homme, cette s\u00e9r\u00e9nit\u00e9 terrifiante devant le rire de son fils, et cette question pos\u00e9e au bureau changeaient tout.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Un bruit soudain la fit sursauter.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Un l\u00e9ger cliquetis provenant de la vitre de sa chambre.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00c9l\u00e9onore \u00e9teignit pr\u00e9cipitamment la lampe de chevet, plongeant la pi\u00e8ce dans l&#8217;obscurit\u00e9. Elle se glissa vers la fen\u00eatre et \u00e9carta d\u00e9licatement le rideau de lin.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Sa chambre donnait directement sur l&#8217;aile ouest, celle du pavillon d&#8217;eau. Les baies vitr\u00e9es de la piscine int\u00e9rieure, \u00e9clair\u00e9es de l&#8217;int\u00e9rieur par les projecteurs subaquatiques, diffusaient une lueur bleut\u00e9e f\u00e9erique dans la nuit noire.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00c0 travers la vitre translucide de la piscine, \u00c9l\u00e9onore vit une silhouette.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Arthur Valmont \u00e9tait au bord du bassin. Il avait enlev\u00e9 sa veste de costume. Il \u00e9tait debout \u00e0 l&#8217;endroit exact o\u00f9 \u00c9l\u00e9onore se tenait quelques heures plus t\u00f4t. Mais il n&#8217;\u00e9tait pas seul.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00c0 c\u00f4t\u00e9 de lui, tenant une t\u00e9l\u00e9commande \u00e0 la main, se tenait l&#8217;homme \u00e0 tout faire de la propri\u00e9t\u00e9, un type taciturne nomm\u00e9 Victor qui ne parlait jamais \u00e0 personne.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00c9l\u00e9onore s&#8217;approcha un peu plus de la vitre, le souffle court.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Arthur fit un signe de la main. Victor appuy\u00e2t sur un bouton de la t\u00e9l\u00e9commande.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Alors, sous les yeux stup\u00e9faits d&#8217;\u00c9l\u00e9onore, la sc\u00e8ne qu&#8217;elle observait prit une tournure surr\u00e9aliste et effrayante.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le fond du bassin de la piscine \u2014 ce fond en mosa\u00efque bleue o\u00f9 le petit Timoth\u00e9e jouait avec sa balle quelques heures plus t\u00f4t \u2014 commen\u00e7a \u00e0 descendre lentement. Ce n&#8217;\u00e9tait pas un simple bassin. C&#8217;\u00e9tait un fond mobile hydraulique, un m\u00e9canisme d&#8217;ing\u00e9nierie sophistiqu\u00e9 con\u00e7u pour r\u00e9gler la profondeur de l&#8217;eau.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Mais alors que le fond s&#8217;enfon\u00e7ait \u00e0 plus de trois m\u00e8tres de profondeur, r\u00e9v\u00e9lant la structure sous-jacente de la piscine, la lumi\u00e8re subaquatique \u00e9claira une cavit\u00e9 masqu\u00e9e sous la paroi lat\u00e9rale du bassin. Une cavit\u00e9 \u00e9tanche, inaccessible lorsque la piscine \u00e9tait remplie \u00e0 niveau normal.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00c0 l&#8217;int\u00e9rieur de cette cavit\u00e9, suspendue dans un caisson en verre scell\u00e9, se trouvait une forme sombre.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00c9l\u00e9onore se plaqua une main sur la bouche pour \u00e9touffer un cri d&#8217;horreur.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ce n&#8217;\u00e9tait pas un coffre-fort. Ce n&#8217;\u00e9tait pas des documents confidentiels.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans le caisson de verre, baign\u00e9 par la lueur blafarde des projecteurs sous-marins, reposait le corps parfaitement conserv\u00e9 d&#8217;une femme aux longs cheveux blonds.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">H\u00e9l\u00e8ne.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Elle n&#8217;avait jamais quitt\u00e9 la propri\u00e9t\u00e9. Son corps n&#8217;avait jamais \u00e9t\u00e9 immerg\u00e9 dans la rivi\u00e8re \u00e0 des kilom\u00e8tres de l\u00e0. Elle \u00e9tait l\u00e0, sous l&#8217;eau de la piscine familiale, depuis un an. Et chaque jour, le petit Timoth\u00e9e se baignait au-dessus du tombeau en verre de sa propre m\u00e8re, sans le savoir&#8230; ou peut-\u00eatre en le sachant pertinemment.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">C&#8217;\u00e9tait cela que l&#8217;enfant avait vu. C&#8217;\u00e9tait cela qui l&#8217;avait frapp\u00e9 de mutisme. Il savait que sa m\u00e8re \u00e9tait sous l&#8217;eau.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La t\u00eate d&#8217;\u00c9l\u00e9onore tournoyait. La terreur la submergeait, mais une rage froide, d\u00e9vastatrice, commen\u00e7a \u00e0 br\u00fbler dans ses veines. Arthur n&#8217;avait pas seulement tu\u00e9 sa s\u0153ur ; il l&#8217;avait transform\u00e9e en un troph\u00e9e macabre, scell\u00e9 sous le lieu de jeu de son propre fils, contr\u00f4lant ainsi sa pr\u00e9sence \u00e9ternelle au sein du domaine.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Soudain, \u00c9l\u00e9onore entendit un bruit derri\u00e8re elle. Pas dehors dans le jardin.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00c0 l&#8217;int\u00e9rieur de sa propre chambre.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Un choc m\u00e9tallique discret. Le bruit du verrou de sa porte que l&#8217;on venait d&#8217;actionner depuis l&#8217;ext\u00e9rieur \u00e0 l&#8217;aide d&#8217;une passe-partout.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La porte de sa chambre s&#8217;ouvrit doucement dans un grincement presque inaudible.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Une silhouette haute et sombre se d\u00e9coupa dans le cadre lumineux du couloir.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00c9l\u00e9onore se retourna d&#8217;un bond, le dos coll\u00e9 contre la vitre glac\u00e9e, la bo\u00eete en m\u00e9tal serr\u00e9e contre sa poitrine.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Arthur Valmont \u00e9tait l\u00e0. Il avait son par-dessus sur les \u00e9paules. Son visage \u00e9tait plong\u00e9 dans la p\u00e9nombre, mais ses yeux accrochaient la faible lueur bleut\u00e9e de la piscine qui traversait la fen\u00eatre.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il ne semblait ni surpris, ni en col\u00e8re. Il avait sur les l\u00e8vres le m\u00eame sourire froid et \u00e9nigmatique qu&#8217;au bord du bassin.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u2014 Vous avez toujours \u00e9t\u00e9 trop curieuse, \u00c9l\u00e9onore&#8230; ou devrais-je dire, ma ch\u00e8re belle-s\u0153ur ? chuchota-t-il d&#8217;une voix d&#8217;une douceur terrifiante.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il fit un pas \u00e0 l&#8217;int\u00e9rieur de la pi\u00e8ce et referma doucement la porte derri\u00e8re lui, tirant le verrou de l&#8217;int\u00e9rieur.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u2014 La piscine est magnifique la nuit, n&#8217;est-ce pas ? poursuivit-il en avan\u00e7ant lentement vers elle. Timoth\u00e9e avait tellement raison de t&#8217;aimer bien&#8230; Tu lui ressembles tellement. Et maintenant&#8230; vous allez enfin pouvoir former une famille au complet.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00c9l\u00e9onore serra la bo\u00eete en m\u00e9tal contre elle, cherchant d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9ment une issue des yeux dans l&#8217;obscurit\u00e9 de la chambre close. La vitre derri\u00e8re elle \u00e9tait scell\u00e9e. La seule sortie \u00e9tait bloqu\u00e9e par l&#8217;homme qui avait transform\u00e9 cette demeure en un sanctuaire d&#8217;horreur.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Arthur sortit doucement sa main droite de la poche de son manteau. Dans le noir, le m\u00e9tal d&#8217;une petite seringue de pr\u00e9cision scintilla sous la lueur turquoise venant du jardin.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u2014 Ne crie pas, dit-il dans un souffle. Timoth\u00e9e dort au-dessus. Il ne faudrait pas g\u00e2cher sa si belle journ\u00e9e&#8230;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"La villa des Ombres-Hautes ne dormait jamais tout \u00e0 fait ; elle retenait son souffle. 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