{"id":2611,"date":"2026-07-26T13:15:29","date_gmt":"2026-07-26T10:15:29","guid":{"rendered":"https:\/\/storyforyou.fun\/?p=2611"},"modified":"2026-07-26T13:15:29","modified_gmt":"2026-07-26T10:15:29","slug":"le-garcon-qui-se-moquait-dun-heros-a-compris-son-erreur-en-quelques-secondes","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/storyforyou.fun\/?p=2611","title":{"rendered":"\u00abLe gar\u00e7on qui se moquait d&#8217;un h\u00e9ros a compris son erreur en quelques secondes\u00bb"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les premiers jours du mois de novembre enveloppaient la cour de l\u2019\u00e9cole primaire d\u2019une brume matinale que le soleil d\u2019automne, encore timide, peinait \u00e0 traverser. Les marronniers centenaires, align\u00e9s le long des grilles en fer forg\u00e9, laissaient tomber \u00e0 intervalles r\u00e9guliers de grands serpents de feuilles dor\u00e9es et pourpres qui s\u2019accumulaient sur le sol humide. \u00c0 cette heure de la r\u00e9cr\u00e9ation, l\u2019air frais v\u00e9hiculait les cris aigus des enfants qui couraient apr\u00e8s un ballon d\u00e9gonfl\u00e9, les \u00e9clats de rire stridents autour de la marelle trac\u00e9e \u00e0 la craie blanche, et le frottement incessant des semelles sur le bitume in\u00e9gal. Au milieu de ce tumulte grouillant et insouciant, un jeune gar\u00e7on demeurait \u00e0 l\u2019\u00e9cart, immobile, assis sur un banc en bois us\u00e9 dont la peinture verte s\u2019\u00e9caillait sous l\u2019effet du temps et de l&#8217;humidit\u00e9.<br>Lucas avait dix ans, mais il portait dans le regard une gravit\u00e9 silencieuse qui le distinguait nettement de ses camarades de classe. Les yeux fix\u00e9s sur ses genoux, il ne pr\u00eatait aucune attention au fracas ambiant. Ses petites mains, l\u00e9g\u00e8rement rougies par le froid matinal, tenaient avec une pr\u00e9caution presque sacr\u00e9e une feuille de papier quadrill\u00e9 pli\u00e9e en quatre. Ce rectangle de papier, devenu fin et fragile \u00e0 force d\u2019avoir \u00e9t\u00e9 d\u00e9pli\u00e9 et repli\u00e9 des dizaines de fois, constituait son tr\u00e9sor le plus pr\u00e9cieux, son unique rempart contre la solitude qui l\u2019\u00e9touffait depuis plusieurs mois. Sur cette feuille figurait une \u00e9criture manuscrite, ferme et r\u00e9guli\u00e8re, trac\u00e9e \u00e0 l&#8217;encre noire par la main de son p\u00e8re.<br>Depuis pr\u00e8s d&#8217;une ann\u00e9e, le p\u00e8re de Lucas \u00e9tait absent. Mobilis\u00e9 sur un th\u00e9\u00e2tre d&#8217;op\u00e9rations lointain, dans une r\u00e9gion du monde ravag\u00e9e par les conflits et la poussi\u00e8re, cet homme n&#8217;\u00e9tait plus pour les enfants du quartier qu&#8217;une ombre, une l\u00e9gende vague ou un sujet de sp\u00e9culations h\u00e2tives. Pour Lucas, cependant, il \u00e9tait toute sa vie. Chaque mot inscrit sur ce morceau de papier repr\u00e9sentait un lien direct avec cet \u00eatre aim\u00e9, un fil invisible tendu \u00e0 travers les oc\u00e9ans et les d\u00e9serts. Les phrases de la lettre parlaient de courage, de patience, de la beaut\u00e9 des \u00e9toiles dans la nuit du d\u00e9sert, et r\u00e9p\u00e9taient inlassablement une promesse : celle d&#8217;un retour imminent. En relisant doucement les derni\u00e8res lignes, les l\u00e8vres de Lucas esquiss\u00e8rent un sourire timide, presque invisible, une parenth\u00e8se de douceur au milieu de l&#8217;ambiance mouvement\u00e9e de la cour de r\u00e9cr\u00e9ation.<br>Mais la qui\u00e9tude du jeune gar\u00e7on fut de courte dur\u00e9e. L&#8217;ombre de la bienveillance paternelle s&#8217;effa\u00e7a soudainement sous la projection d&#8217;une silhouette massive et mena\u00e7ante. Tom, un \u00e9l\u00e8ve du m\u00eame \u00e2ge que Lucas, mais dont la stature imposante et le corps trapu en faisaient le chef incontest\u00e9 de la cour, s&#8217;\u00e9tait approch\u00e9 sans faire de bruit. Connu pour sa brutalit\u00e9 verbale et sa volont\u00e9 constante d&#8217;imposer sa loi aux plus faibles, Tom ne supportait pas la r\u00e9serve de Lucas. \u00c0 ses yeux, cette fa\u00e7on qu&#8217;avait Lucas de rester seul, de ne pas participer aux jeux collectifs et de se r\u00e9fugier dans ses souvenirs, constituait une marque de faiblesse intol\u00e9rable, une cible id\u00e9ale pour sa cruaut\u00e9 ordinaire.<br>Derri\u00e8re Tom se tenaient trois autres camarades de classe, fid\u00e8les ex\u00e9cuteurs de ses volont\u00e9s, toujours pr\u00eats \u00e0 appuyer ses moqueries pour s&#8217;attirer ses faveurs ou simplement pour \u00e9chapper eux-m\u00eames \u00e0 sa vindicte. Le groupe s&#8217;arr\u00eata \u00e0 quelques pas du banc. Tom croisa ses bras robustes sur sa poitrine, un sourire narquois d\u00e9formant ses traits charnus, tandis que ses compagnons observaient la sc\u00e8ne avec une curiosit\u00e9 malsaine, le regard p\u00e9tillant d&#8217;une malice d\u00e9plac\u00e9e.<br>Sans pr\u00e9venir, dans un geste d&#8217;une rapidit\u00e9 foudroyante, Tom se pencha et arracha la lettre des mains de Lucas. Le papier crissa l\u00e9g\u00e8rement sous la violence du mouvement, manquant de se d\u00e9chirer. Lucas sursauta, le c\u0153ur bondissant dans sa poitrine sous l&#8217;effet de la surprise et du choc. La couleur quitta instantan\u00e9ment ses joues, laissant place \u00e0 une p\u00e2leur spectrale. Il se leva d&#8217;un bond, les poings serr\u00e9s, la voix nou\u00e9e par la d\u00e9tresse.<br>Tom d\u00e9plia le document avec un m\u00e9pris ostentatoire, faisant mine de lire les lignes avec une exag\u00e9ration grotesque. Il jeta un coup d&#8217;\u0153il circulaire \u00e0 ses acolytes pour s&#8217;assurer qu&#8217;il captait toute leur attention, puis d\u00e9clara d&#8217;une voix forte, th\u00e9\u00e2trale et empreinte d&#8217;une ironie mordante : \u00ab Pourquoi tu gardes cette poubelle ? Tu crois vraiment \u00e0 toutes ces histoires ? \u00bb<br>Les trois camarades post\u00e9s derri\u00e8re lui \u00e9clat\u00e8rent de rire aussit\u00f4t, un rire gras et m\u00e9canique qui r\u00e9sonna cruellement dans les oreilles de Lucas. L&#8217;un d&#8217;eux pointa son index vers le visage d\u00e9compos\u00e9 du jeune gar\u00e7on, tandis que Tom secouait la t\u00eate en ricanant, agitant la lettre au-dessus de sa t\u00eate comme un troph\u00e9e d\u00e9risoire. Pour Tom et sa bande, ce papier n&#8217;\u00e9tait qu&#8217;un chiffon sans valeur, un pr\u00e9texte de plus pour humilier un camarade vuln\u00e9rable. Mais pour Lucas, c&#8217;\u00e9tait le viol impardonnable de son intimit\u00e9 la plus ch\u00e8re, la profanation du lien sacr\u00e9 qui l&#8217;unissait \u00e0 son p\u00e8re absent.<br>L&#8217;humiliation laissa rapidement place \u00e0 un d\u00e9sespoir furieux. Lucas refusa de se laisser abattre sans lutter. Il s&#8217;avan\u00e7a vers Tom, la main tendue, la respiration saccad\u00e9e, pouss\u00e9 par un \u00e9lan d&#8217;\u00e9nergie pure nimb\u00e9 d&#8217;une profonde injustice. \u00ab Rends-la-moi ! Tout de suite ! \u00bb cria-t-il, sa voix oscillant entre la col\u00e8re noire et le sanglot imminent.<br>Au lieu d&#8217;obtemp\u00e9rer, Tom savoura la d\u00e9tresse de sa victime. Il leva la main encore plus haut, tirant parti de sa grande taille pour maintenir le morceau de papier hors d&#8217;atteinte. Lucas sauta, tendit ses bras fr\u00eales de toutes ses forces, tenta de contourner son agresseur, mais Tom pivotait sur lui-m\u00eame en poussant de grands \u00e9clats de rire, feintant de lui rendre le document avant de le retirer brusquement au dernier moment. Les trois autres enfants jubilaient, encourageant Tom par des cris et des moqueries continuelles, formant un cercle \u00e9touffant autour du pauvre gar\u00e7on qui \u00e9puisait ses forces dans des mouvements vains. Les larmes commenc\u00e8rent \u00e0 monter aux yeux de Lucas, brouillant sa vue, mais il continuait de se battre avec l&#8217;\u00e9nergie du d\u00e9sespoir, refusant d&#8217;abandonner le dernier souvenir de son p\u00e8re entre les mains de ses bourreaux.<br>Soudain, sans qu&#8217;aucun signal pr\u00e9alable n&#8217;ait \u00e9t\u00e9 donn\u00e9, la sc\u00e8ne se figea. Le temps sembla suspendre son cours au milieu de la cour de r\u00e9cr\u00e9ation.<br>Le rire des enfants cessa brutalement, \u00e9touff\u00e9 comme si une main invisible venait de couper le son de la sc\u00e8ne. Les moqueries de Tom s&#8217;arr\u00eat\u00e8rent net au milieu d&#8217;une phrase. Une ombre imposante, large et parfaitement d\u00e9coup\u00e9e par la lumi\u00e8re dor\u00e9e du soleil d&#8217;automne, venait de s&#8217;\u00e9tendre sur le sol, recouvrant le groupe d&#8217;enfants ainsi que le banc en bois. Une atmosph\u00e8re d&#8217;une solennit\u00e9 \u00e9crasante s&#8217;abattit sur la cour. Le vent frais lui-m\u00eame semblait s&#8217;\u00eatre tu, ne faisant plus frissonner les feuilles des marronniers.<br>Au milieu de la cour, un homme s&#8217;avan\u00e7ait. Il marchait d&#8217;un pas calme, mesur\u00e9, d&#8217;une r\u00e9gularit\u00e9 absolue qui traduisait des ann\u00e9es de discipline rigoureuse. L&#8217;homme portait un uniforme militaire de haute c\u00e9r\u00e9monie, d&#8217;une propret\u00e9 et d&#8217;une tenue irr\u00e9prochables. Le tissu sombre de sa veste ajust\u00e9e contrastait vivement avec la clart\u00e9 du matin. Sur ses \u00e9paules, des \u00e9paulettes d&#8217;or \u00e9tincelaient au soleil, tandis que son torse \u00e9tait orn\u00e9 de nombreuses d\u00e9corations, des m\u00e9dailles et des rubans multicolores qui t\u00e9moignaient d&#8217;un parcours exceptionnel fait de bravoure, de sacrifices et de commandement. C&#8217;\u00e9tait un G\u00e9n\u00e9ral.<br>L&#8217;homme \u00e9tait d&#8217;une stature impressionnante. Son visage, sculpt\u00e9 par les \u00e9preuves, le soleil des r\u00e9gions hostiles et les nuits sans sommeil, affichait des traits fermes et d\u00e9couper avec pr\u00e9cision. Ses cheveux, l\u00e9g\u00e8rement argent\u00e9s sur les tempes, ajoutaient encore \u00e0 son charisme naturel. Cependant, malgr\u00e9 cette pr\u00e9sence imposante et la rigueur martiale qui \u00e9manait de sa personne, ses yeux clairs d\u00e9gageaient une chaleur profonde, une bienveillance infinie qui contrastait totalement avec la s\u00e9v\u00e9rit\u00e9 de sa tenue.<br>\u00c0 mesure qu&#8217;il progressait vers le groupe, le silence s&#8217;\u00e9tendait en onde de choc \u00e0 travers la cour. Les autres \u00e9l\u00e8ves, qui jouaient au loin, s&#8217;arr\u00eat\u00e8rent de courir pour observer cet officier sup\u00e9rieur qui traversait leur univers quotidien. Les trois suiveurs de Tom rest\u00e8rent totalement immobiles, comme frapp\u00e9s de stupeur, bouche b\u00e9e, incapables de faire le moindre mouvement ou de prononcer le moindre mot.<br>Tom, sentant une pr\u00e9sence colossale dans son dos, se retourna lentement. Lorsqu&#8217;il leva les yeux et d\u00e9couvrit la figure majestueuse du G\u00e9n\u00e9ral qui se dressait devant lui \u00e0 seulement deux m\u00e8tres, tout son assurance s&#8217;effondra en une fraction de seconde. Le visage du jeune tyran se vid\u00e2t de ses couleurs, devenant d&#8217;une p\u00e2leur cadav\u00e9rique. Sa gorge se noua. L&#8217;arrogance qui l&#8217;animait quelques instants plus t\u00f4t laissa place \u00e0 une terreur sacr\u00e9e, une prise de conscience brutale de l&#8217;insignifiance de sa m\u00e9chancet\u00e9 face \u00e0 la grandeur r\u00e9elle de cet homme. Lentement, presque machinalement, la main de Tom s&#8217;abaissa. Ses doigts s&#8217;engourdirent et trembl\u00e8rent l\u00e9g\u00e8rement, tenant toujours le morceau de papier qu&#8217;il avait os\u00e9 qualifier de poubelle.<br>Le G\u00e9n\u00e9ral s&#8217;arr\u00eata devant le groupe. Il ne manifesta aucune col\u00e8re, aucun geste de violence, aucune hausse de ton. Sa simple pr\u00e9sence physique et le poids de son regard suffisaient \u00e0 imposer un respect absolu. Il jeta un coup d&#8217;\u0153il apaisant sur Lucas, puis posa ses yeux sombres et profonds sur Tom. Ce regard n&#8217;\u00e9tait pas empreint de haine, mais d&#8217;une sagesse aust\u00e8re qui transper\u00e7ait les d\u00e9fenses du jeune gar\u00e7on.<br>Tom regardait le G\u00e9n\u00e9ral avec une fascination m\u00eal\u00e9e d&#8217;un effroi total. Les histoires que Lucas racontait, les r\u00e9cits de batailles, de courage et de d\u00e9vouement que tout le monde tournait en d\u00e9rision, n&#8217;\u00e9taient donc pas des inventions d&#8217;enfant. L&#8217;homme qui se tenait devant lui \u00e9tait la personnification m\u00eame du devoir et de l&#8217;h\u00e9ro\u00efsme. Tout le m\u00e9pris de Tom fondit instantan\u00e9ment pour faire place \u00e0 une stup\u00e9faction sans borne.<br>La bouche de Tom s&#8217;ouvrit \u00e0 plusieurs reprises avant qu&#8217;un son ne parvienne \u00e0 en sortir. Sa voix, autrefois forte et arrogante, n&#8217;\u00e9tait plus qu&#8217;un murmure tremblant et cass\u00e9 : \u00ab Vous\u2026 vous \u00eates vraiment un h\u00e9ros de guerre ? Vous existez vraiment ? \u00bb<br>Le G\u00e9n\u00e9ral ne r\u00e9pondit pas imm\u00e9diatement par des mots pompeux. Il maintint son regard calme et bienveillant pos\u00e9 sur le petit gar\u00e7on terrifi\u00e9. Puis, avec une lenteur empreinte de dignit\u00e9, il tendit sa main gant\u00e9e de blanc et r\u00e9cup\u00e9ra doucement la lettre des doigts engourdis de Tom. Il ne jeta pas le moindre bl\u00e2me verbal \u00e0 l&#8217;enfant, comprenant que la le\u00e7on que ce dernier venait de recevoir marquerait sa conscience pour le reste de sa vie.<br>Lucas, pendant ce temps, \u00e9tait demeur\u00e9 p\u00e9trifi\u00e9 sur place. Le monde autour de lui semblait s&#8217;\u00eatre effac\u00e9. Il regardait cet homme, son p\u00e8re, celui dont il avait ch\u00e9ri chaque mot \u00e9crit sur le papier pendant tant de mois de solitude et de peur. Les larmes qu&#8217;il avait retenues avec tant d&#8217;effort face aux moqueries de ses camarades finirent par traverser la barri\u00e8re de ses cils. Elles coul\u00e8rent silencieusement le long de ses joues chaudes, laissant des traces claires sur sa peau marqu\u00e9e par le froid de l&#8217;automne. Ce n&#8217;\u00e9taient plus des larmes d&#8217;humiliation ou de col\u00e8re, mais les gouttes lib\u00e9ratrices d&#8217;une joie immense, incontr\u00f4lable, d&#8217;un soulagement si profond qu&#8217;il en devenait presque douloureux.<br>Le G\u00e9n\u00e9ral replia la lettre avec un soin infini et la glissa doucement dans la poche de sa veste d&#8217;officier, juste au-dessus de son c\u0153ur. Puis, il d\u00e9tourna les yeux de Tom, s&#8217;agenouilla sur le sol humide de la cour, ignorant la poussi\u00e8re qui aurait pu souiller la tenue parfaite de son pantalon de c\u00e9r\u00e9monie, et ouvrit grand ses bras.<br>Ce geste simple, plein de tendresse et d&#8217;humanit\u00e9, brisa le dernier rempart d&#8217;inhibition de Lucas. Le jeune gar\u00e7on l\u00e2cha un sanglot \u00e9touff\u00e9, un cri venu du plus profond de son \u00eatre, et s&#8217;\u00e9lan\u00e7a en avant. Il parcourut les quelques m\u00e8tres qui le s\u00e9paraient de son p\u00e8re \u00e0 une vitesse folle, ses petits pieds martelant les marrons et les feuilles mortes \u00e9tal\u00e9es sur le sol.<br>Il se jeta litt\u00e9ralement contre la poitrine du G\u00e9n\u00e9ral, entourant le cou de son p\u00e8re de ses deux bras fr\u00eales qu&#8217;il serra de toutes ses forces, comme s&#8217;il craignait que cette vision ne s&#8217;\u00e9vanouisse s&#8217;il rel\u00e2chait sa prise. L&#8217;odeur famili\u00e8re du p\u00e8re \u2013 un m\u00e9lange subtil de cuir, de savon dur, d&#8217;\u00e9toffe propre et de cette empreinte ind\u00e9finissable de la maison \u2013 l&#8217;enveloppa instantan\u00e9ment, balayant en un \u00e9clair les longs mois de d\u00e9tresse, les cauchemars nocturnes et le poids insupportable de l&#8217;absence.<br>Lucas enfouit son visage contre le col rigide de la veste militaire, tremblant de tout son corps, incapable de retenir le flot de ses larmes qui mouillaient le tissu sombre et les galons dor\u00e9s. \u00ab Papa\u2026 tu m&#8217;as tellement manqu\u00e9\u2026 \u00bb murmura-t-il entre deux sanglots saccad\u00e9s, sa voix n&#8217;\u00e9tant plus qu&#8217;un souffle d\u00e9chirant mais empreint d&#8217;un bonheur absolu.<br>Le G\u00e9n\u00e9ral referma ses bras puissants autour du corps fr\u00eale de son fils. Il le pressa contre lui avec une ferveur contenue, posant sa grande main sur la nuque du jeune gar\u00e7on pour le prot\u00e9ger du monde ext\u00e9rieur. L&#8217;officier redoutable, le chef d&#8217;arm\u00e9e habitu\u00e9 \u00e0 la duret\u00e9 des champs de bataille, ferm\u00e2t les yeux un court instant, laissant percer sur son visage une \u00e9motion pure, une vuln\u00e9rabilit\u00e9 que seul l&#8217;amour d&#8217;un p\u00e8re pour son enfant pouvait faire na\u00eetre. Il d\u00e9posa un baiser tendre sur les cheveux dor\u00e9s de Lucas, murmurant \u00e0 son oreille des mots d&#8217;apaisement que seul son fils pouvait entendre.<br>Autour d&#8217;eux, la cour de r\u00e9cr\u00e9ation demeurait plong\u00e9e dans un silence religieux. Tom et ses camarades, immobiles comme des statues, contemplaient la sc\u00e8ne, la poitrine compress\u00e9e par un sentiment qui d\u00e9passait de loin la simple honte. Ils venaient d&#8217;assister \u00e0 la victoire de la fid\u00e9lit\u00e9 sur la cruaut\u00e9, de la v\u00e9rit\u00e9 sur la moquerie. L&#8217;image de ce guerrier d\u00e9cor\u00e9, \u00e0 genoux dans la poussi\u00e8re pour \u00e9treindre son enfant en larmes, s&#8217;imprima dans leur m\u00e9moire avec une force ind\u00e9l\u00e9bile.<br>Le soleil d&#8217;automne per\u00e7a enfin la couche de nuages gris, envoyant un rayon de lumi\u00e8re chaude et dor\u00e9e qui vint illuminer le p\u00e8re et le fils enlac\u00e9s au centre de la cour. Le G\u00e9n\u00e9ral se relava lentement, sans jamais l\u00e2cher la main de Lucas. Le petit gar\u00e7on, ajustant sa d\u00e9marche sur celle de son p\u00e8re, s\u00e9cha ses larmes d&#8217;un revers de manche. Il ne baissait plus les yeux. Il marchait la t\u00eate haute, sa petite main fermement agripp\u00e9e \u00e0 celle, grande et rassurante, de son h\u00e9ros. Ils travers\u00e8rent ensemble la cour en direction de la sortie, sous le regard respectueux des enfants et des enseignants apparus aux fen\u00eatres du b\u00e2timent.<br>Au moment o\u00f9 ils franchirent le grand portail en fer forg\u00e9 de l&#8217;\u00e9cole, le G\u00e9n\u00e9ral s&#8217;arr\u00eata un court instant, se tourna une derni\u00e8re fois vers la cour et posa son regard sur Tom, qui n&#8217;avait toujours pas boug\u00e9. Un l\u00e9ger signe de t\u00eate, empreint d&#8217;une dignit\u00e9 royale, fut le seul adieu adress\u00e9 aux enfants. Puis, le p\u00e8re et le fils s&#8217;\u00e9loign\u00e8rent sur le trottoir bord\u00e9 d&#8217;arbres dor\u00e9s, leurs silhouettes se fondant progressivement dans la lumi\u00e8re \u00e9clatante de cette fin de matin\u00e9e. La rumeur de la cour finit par reprendre doucement, mais plus rien dans cette \u00e9cole ne serait jamais comme avant : le souvenir du G\u00e9n\u00e9ral et le triomphe de la v\u00e9rit\u00e9 y flotteraient d\u00e9sormais \u00e0 jamais.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"Les premiers jours du mois de novembre enveloppaient la cour de l\u2019\u00e9cole primaire d\u2019une brume matinale que le soleil d\u2019automne, encore timide, peinait \n<a class=\"moretag\" href=\"https:\/\/storyforyou.fun\/?p=2611\"> [...]<\/a>","protected":false},"author":1,"featured_media":2612,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[1],"tags":[],"class_list":["post-2611","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-1"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/storyforyou.fun\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2611","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/storyforyou.fun\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/storyforyou.fun\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/storyforyou.fun\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/storyforyou.fun\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=2611"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/storyforyou.fun\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2611\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":2613,"href":"https:\/\/storyforyou.fun\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2611\/revisions\/2613"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/storyforyou.fun\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/2612"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/storyforyou.fun\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=2611"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/storyforyou.fun\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=2611"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/storyforyou.fun\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=2611"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}