{"id":2580,"date":"2026-07-23T12:35:47","date_gmt":"2026-07-23T09:35:47","guid":{"rendered":"https:\/\/storyforyou.fun\/?p=2580"},"modified":"2026-07-23T12:35:47","modified_gmt":"2026-07-23T09:35:47","slug":"apres-avoir-frappe-une-femme-enceinte-elle-pensait-pouvoir-senfuir-sans-consequences","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/storyforyou.fun\/?p=2580","title":{"rendered":"\u00abApr\u00e8s avoir frapp\u00e9 une femme enceinte, elle pensait pouvoir s&#8217;enfuir sans cons\u00e9quences\u00bb"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le soleil de juillet frappait de plein fouet les baies vitr\u00e9es de la villa <em>L&#8217;Observatoire<\/em>, une demeure contemporaine aux lignes \u00e9pur\u00e9es et coupantes, perch\u00e9e sur les hauteurs escarp\u00e9es du Cap d&#8217;Ail. Tout dans cette r\u00e9sidence respirait une opulence froide et calcul\u00e9e : le sol en marbre blanc d&#8217;Italie sans la moindre imperfection, les murs immacul\u00e9s baign\u00e9s d&#8217;une lumi\u00e8re aveuglante, et ce silence pesant, interrompu seulement par le murmure \u00e9touff\u00e9 de la climatisation centrale. Au centre du vaste salon de r\u00e9ception, adoss\u00e9 contre une cloison de marbre gris vein\u00e9 de noir, se dressait un miroir colossal de plus de trois m\u00e8tres de haut. Encadr\u00e9 d&#8217;un acier sombre et bross\u00e9, il ne servait pas uniquement \u00e0 refl\u00e9ter la pi\u00e8ce ; il semblait capter et d\u00e9multiplier la lumi\u00e8re, r\u00e9v\u00e9lant la moindre fissure dans les apparences de ceux qui s&#8217;en approchaient.<br>Ce jour-l\u00e0, l&#8217;atmosph\u00e8re \u00e0 l&#8217;int\u00e9rieur du salon \u00e9tait aussi suffocante qu&#8217;un orage imminent. \u00c9l\u00e9onore se tenait immobile \u00e0 quelques pas de la glace. \u00c2g\u00e9e de vingt-huit ans, la jeune femme portait une robe portefeuille en soie couleur champagne qui \u00e9pousait avec une gr\u00e2ce m\u00e9lancolique les courbes prononc\u00e9es de sa grossesse. Elle \u00e9tait enceinte de sept mois. Ses cheveux ch\u00e2tains tombaient en ondulations souples sur ses \u00e9paules fr\u00eales, mais ses yeux, d&#8217;un bleu d&#8217;eau d&#8217;habitude si paisible, trahissaient une d\u00e9tresse profonde. Une main pos\u00e9e d&#8217;instinct sur son ventre arrondi, elle sentait les battements irr\u00e9guliers de son propre c\u0153ur r\u00e9pondre aux l\u00e9gers sursauts du b\u00e9b\u00e9.<br>En face d&#8217;elle, faisant les cent pas avec une f\u00e9rocit\u00e9 contenue, se trouvait Victoria. \u00c0 trente ans, Victoria incarnait une \u00e9l\u00e9gance ac\u00e9r\u00e9e, presque militaire dans sa perfection. Elle arborait un tailleur-pantalon beige d&#8217;une coupe irr\u00e9prochable, ajust\u00e9 au millim\u00e8tre pr\u00e8s sur sa silhouette \u00e9lanc\u00e9e. Ses talons hauts en cuir verni r\u00e9sonnaient sur le marbre comme des coups de marteau r\u00e9guliers, chaque pas marquant une menace inexorable. Ses cheveux bruns \u00e9taient tir\u00e9s en un demi-chignon strict qui mettait en valeur la s\u00e9v\u00e9rit\u00e9 de ses pommettes et la p\u00e2leur cadav\u00e9rique de son teint, alt\u00e9r\u00e9 par une rage qui bouillonnait sous sa peau depuis des semaines.<br>Entre les deux femmes, le conflit n&#8217;\u00e9tait pas n\u00e9 le matin m\u00eame. Il \u00e9tait le r\u00e9sultat d&#8217;ann\u00e9es de ranc\u0153urs accumul\u00e9es, de secrets industriels partag\u00e9s, de trahisons financi\u00e8res et de rivalit\u00e9s amoureuses invivables. Victoria avait \u00e9t\u00e9 l&#8217;associ\u00e9e historique de Julien, mais aussi sa compagne durant pr\u00e8s d&#8217;une d\u00e9cennie. Ensemble, ils avaient b\u00e2ti un empire immobilier et financier d&#8217;une valeur inestimable, naviguant au bord de la l\u00e9galit\u00e9. Mais deux ans plus t\u00f4t, \u00c9l\u00e9onore avait fait son entr\u00e9e dans la vie de Julien. Douce, candide en apparence, mais dou\u00e9e d&#8217;une intelligence \u00e9motionnelle redoutable, \u00c9l\u00e9onore avait peu \u00e0 peu \u00e9vinc\u00e9 Victoria des affaires et du c\u0153ur de l&#8217;homme. La faillite personnelle de Victoria, orchestr\u00e9e dans l&#8217;ombre quelques mois plus t\u00f4t par des signatures falsifi\u00e9es et des comptes offshore redirig\u00e9s, venait de porter le coup de gr\u00e2ce. Ce matin-l\u00e0, Victoria venait de d\u00e9couvrir que la signature au bas du document qui l&#8217;avait d\u00e9pouill\u00e9e de tous ses actifs n&#8217;\u00e9tait pas celle de Julien, mais bien celle d&#8217;\u00c9l\u00e9onore.<br>\u2014 Tu pensais vraiment que je ne comprendrais jamais ? d\u00e9clara Victoria d&#8217;une voix basse, rauque, venimeuse, rompan le silence oppressant de la pi\u00e8ce. Tu pensais que ton petit air d&#8217;ange effarouch\u00e9 et ce ventre rond suffiraient \u00e0 masquer la voleuse que tu es ?<br>\u00c9l\u00e9onore recula d&#8217;un demi-pas, son dos fr\u00f4lant presque la surface glac\u00e9e du grand miroir. Sa voix tremblait, mais elle tentait de garder un reste de dignit\u00e9.<br>\u2014 Victoria, s&#8217;il te pla\u00eet\u2026 Tu te trompes d&#8217;ennemi. Ce n&#8217;est pas moi qui ai sign\u00e9 ces transferts. Julien voulait te prot\u00e9ger du contr\u00f4le fiscal\u2026 Il a fait ce qu&#8217;il fallait pour sauver la villa et le groupe.<br>\u2014 Ne prononce pas son nom ! hurla Victoria, faisant voler en \u00e9clats sa retenue. Tu l&#8217;as manipul\u00e9 ! Tu l&#8217;as vid\u00e9 de tout ce qu&#8217;il \u00e9tait pour te faire une place au soleil ! Regarde-toi\u2026 Tu te pavoises dans ma maison, tu portes l&#8217;enfant qu&#8217;il voulait avoir avec moi, et tu me regardes tomber en crevant de faim !<br>La tension dans le salon atteignit un point de rupture absolu. La lumi\u00e8re crue de midi traversait les baies vitr\u00e9es, projetant les ombres allong\u00e9es des deux femmes sur le marbre. Dans le reflet du miroir monumental, la sc\u00e8ne ressemblait \u00e0 une peinture baroque : la vuln\u00e9rabilit\u00e9 d&#8217;une m\u00e8re faisant face \u00e0 la vengeance incarn\u00e9e.<br>Victoria s&#8217;avan\u00e7a d&#8217;un bond, brisant la distance de s\u00e9curit\u00e9. Son visage, d&#8217;ordinaire si ma\u00eetre d&#8217;lui-m\u00eame, se d\u00e9forma sous l&#8217;effet d&#8217;une haine pure et incontr\u00f4lable. Ses traits se contract\u00e8rent, ses yeux s&#8217;\u00e9carquill\u00e8rent dans une expression de d\u00e9mence terrifiante. Les veines de son cou se tendirent alors qu&#8217;elle s&#8217;approchait \u00e0 quelques centim\u00e8tres seulement du visage d&#8217;\u00c9l\u00e9onore.<br>\u2014 D\u00e9gage d&#8217;ici, esp\u00e8ce de merde ! cracha-t-elle dans un hurlement strident qui fit vibrer les cloisons.<br>Avant m\u00eame qu&#8217;\u00c9l\u00e9onore ne puisse lever le bras pour se prot\u00e9ger, la main de Victoria partit comme un fouet. La gifle fut d&#8217;une violence inou\u00efe. Le bruit du choc r\u00e9sonna dans le grand salon comme un coup de feu. La t\u00eate d&#8217;\u00c9l\u00e9onore bifurqua brutalement sur le c\u00f4t\u00e9 sous l&#8217;impact. Sous la puissance de la frappe et le d\u00e9s\u00e9quilibre caus\u00e9 par le poids de sa grossesse, la jeune femme chancela. Ses talons gliss\u00e8rent sur le marbre poli. Dans une tentative d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9e de se retenir, son coude heurta de plein fouet la partie centrale du grand miroir pos\u00e9 contre la paroi.<br>L&#8217;impact fut fatal pour la structure en verre tremp\u00e9. Dans un fracas assourdissant, une onde de choc parcourut la surface vitr\u00e9e. Le miroir n&#8217;\u00e9clata pas seulement : il implosa litt\u00e9ralement, se brisant en milliers d&#8217;\u00e9clats ac\u00e9r\u00e9s et en lourdes plaques de verre qui vol\u00e8rent dans toutes les directions. \u00c9l\u00e9onore s&#8217;effondra lourdement sur le sol de marbre, au milieu de la pluie de cristal qui raye le sol et d\u00e9chire le silence. Un cri de douleur \u00e9touff\u00e9 s&#8217;\u00e9chappa de ses l\u00e8vres alors qu&#8217;elle tombait sur le c\u00f4t\u00e9, prot\u00e9geant instinctivement son ventre de ses deux mains. Des brins de soie champagne se teint\u00e8rent imm\u00e9diatement de rouge l\u00e0 o\u00f9 les \u00e9clats de verre avaient entaill\u00e9 ses bras et sa jambe.<br>Au m\u00eame instant, la porte coulissante menant \u00e0 l&#8217;aile priv\u00e9e s&#8217;ouvrit \u00e0 la vol\u00e9e. Julien apparut. \u00c2g\u00e9 de trente-cinq ans, athl\u00e9tique, le visage burin\u00e9 par les ann\u00e9es de sport intensif et le stress du pouvoir, il portait une chemise blanche aux manches retrouss\u00e9es. En d\u00e9couvrant le spectacle apocalyptique \u2014 le miroir en ruine, le sang sur le sol, et \u00c9l\u00e9onore gisant prostr\u00e9e dans les d\u00e9bris \u2014, son visage devint livide. Ses yeux pass\u00e8rent de sa compagne au sol \u00e0 Victoria, qui se tenait debout, immobile, p\u00e9trifi\u00e9e par ce qu&#8217;elle venait de commettre. Ses poings se ferm\u00e8rent avec une telle force que ses articulations en devinrent blanches. Une rage animale, pure et incontr\u00f4lable, submergea son regard.<br>Victoria, soudain tir\u00e9e de sa d\u00e9mence par la r\u00e9alit\u00e9 de son acte et par la terreur que lui inspirait la pr\u00e9sence de Julien, fit un pas en arri\u00e8re. Ses talons \u00e9cras\u00e8rent des fragments de verre dans un crissement sinistre. Ses mains se mirent \u00e0 trembler de mani\u00e8re irr\u00e9pressible. La haine qui l&#8217;animait une seconde plus t\u00f4t fit place \u00e0 une panique visc\u00e9rale.<br>\u2014 Je\u2026 je ne voulais pas\u2026 ce n&#8217;\u00e9tait pas expr\u00e8s\u2026 balbutia-t-elle, la voix \u00e9trangl\u00e9e par la peur, les yeux fix\u00e9s sur la veine gonfl\u00e9e qui battait sur le front de Julien.<br>Voyant l&#8217;homme faire un pas mena\u00e7ant vers elle, Victoria ne chercha m\u00eame pas \u00e0 s&#8217;expliquer davantage. Prise d&#8217;un instinct de survie primaire, elle se retourna brutalement et prit la fuite en direction des grandes baies vitr\u00e9es ouvertes sur l&#8217;ext\u00e9rieur.<br>Julien ne laissa pas une seule seconde de r\u00e9pit \u00e0 la fuyarde. Ignorant pour un instant les g\u00e9missements d&#8217;\u00c9l\u00e9onore, pouss\u00e9 par un instinct protecteur exacerb\u00e9 et une fureur vengeresse, il se lan\u00e7a \u00e0 sa poursuite. Leurs pas pr\u00e9cipit\u00e9s martel\u00e8rent le marbre puis le teck de la terrasse ext\u00e9rieure. La chaleur \u00e9touffante du dehors les frappa comme une vague thermique. Victoria courait aussi vite que ses talons le lui permettaient, cherchant \u00e0 atteindre l&#8217;escalier menant au portail de sortie, mais la structure de la terrasse la coin\u00e7ait le long du sous-bassement de la piscine \u00e0 d\u00e9bordement.<br>L&#8217;eau turquoise de la piscine miroitait sous le soleil aveugle de midi, immobile et limpide. Arriv\u00e9e au bord du bassin, Victoria jeta un regard d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9 par-dessus son \u00e9paule. Julien \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 sur elle. La foul\u00e9e athl\u00e9tique de l&#8217;homme n&#8217;avait fait qu&#8217;une bouch\u00e9e de la distance qui les s\u00e9parait. Avant qu&#8217;elle ne puisse bifurquer ou pousser un second cri, Julien la rattrapa. Ses deux mains puissantes vinrent s&#8217;\u00e9craser contre les \u00e9paules du tailleur beige de Victoria avec une force d\u00e9vastatrice.<br>Le choc propulsa la jeune femme hors du rebord en teck. Elle vola un bref instant dans les airs avant d&#8217;impacter la surface de l&#8217;eau dans un \u00e9claboussement monumental. Le corps de Victoria s&#8217;enfon\u00e7a profond\u00e9ment dans le bassin. Le poids de son costume de laine, imbib\u00e9 d&#8217;eau en une fraction de seconde, et l&#8217;entrave de ses chaussures \u00e0 talons la tir\u00e8rent vers le fond. Elle refit surface quelques secondes plus tard, haletante, recrachant de l&#8217;eau, ses cheveux bruns d\u00e9sormais coll\u00e9s \u00e0 son visage, compl\u00e8tement d\u00e9faite, d\u00e9sorient\u00e9e et humili\u00e9e.<br>Debout sur le bord en teck, surplombant le bassin comme un juge impitoyable, Julien la fixa pendant une seconde qui sembla durer une \u00e9ternit\u00e9. Son torse se soulevait au rythme de sa respiration lourde. Son regard n&#8217;exprimait plus seulement de la col\u00e8re, mais un d\u00e9go\u00fbt absolu, d\u00e9finitif.<br>\u2014 Salope ! cracha-t-il d&#8217;une voix gutturale, charg\u00e9e du m\u00e9pris le plus profond.<br>Sans accorder un seul regard de plus \u00e0 la femme qui se d\u00e9battait dans l&#8217;eau pour ne pas couler, Julien se retourna imm\u00e9diatement. Il pivota sur ses talons et courut \u00e0 toutes jambes en direction du salon, repassant la baie vitr\u00e9e pour revenir aupr\u00e8s de la victime.<br>\u00c0 l&#8217;int\u00e9rieur, le silence \u00e9tait revenu, plus lourd encore, troubl\u00e9 seulement par la respiration saccad\u00e9e d&#8217;\u00c9l\u00e9onore. La jeune femme \u00e9tait toujours allong\u00e9e sur le sol de marbre, au centre du champ de ruines en verre. De petits fils de sang coulaient le long de son avant-bras blanc et venaient tacher la soie de sa robe. Elle tenait ses yeux ferm\u00e9s, le visage crisp\u00e9 par la terreur et la douleur de la chute, craignant le pire pour l&#8217;enfant qu&#8217;elle portait.<br>Julien se jeta \u00e0 genoux \u00e0 c\u00f4t\u00e9 d&#8217;elle sans m\u00eame pr\u00eater attention aux ar\u00eates tranchantes des dalles de miroir cass\u00e9es qui s&#8217;enfon\u00e7aient dans la toile de son pantalon et la chair de ses genoux. Il posa ses mains tremblantes sur le visage p\u00e2le d&#8217;\u00c9l\u00e9onore, \u00e9cartant doucement une m\u00e8che de cheveux humides de son front. Ses yeux d&#8217;habitude si durs se remplirent soudain de larmes contenues. Sa gorge se noua, \u00e9touffant sa voix qui ne fut plus qu&#8217;un murmure bris\u00e9, d\u00e9chir\u00e9 par un remords saisissant.<br>\u2014 Pardonne-moi\u2026 murmurai-t-il, la voix alt\u00e9r\u00e9e par une \u00e9motion d&#8217;une raret\u00e9 inou\u00efe chez cet homme si froid. Pardonne-moi\u2026<br>Pendant quelques secondes, le temps sembla se figer dans l&#8217;immense pi\u00e8ce baign\u00e9e de lumi\u00e8re. \u00c9l\u00e9onore ouvrit lentement les paupi\u00e8res. En croisant le regard de Julien, elle y lut la d\u00e9tresse d&#8217;un p\u00e8re et d&#8217;un mari effray\u00e9. Mais alors qu&#8217;elle tendait la main pour toucher la joue de son compagnon et le rassurer sur son \u00e9tat, ses yeux d\u00e9riv\u00e8rent malgr\u00e9 elle vers le mur de marbre situ\u00e9 juste derri\u00e8re la t\u00eate de Julien \u2014 l&#8217;endroit pr\u00e9cis o\u00f9 se dressait le grand miroir avant d&#8217;\u00eatre pulv\u00e9ris\u00e9.<br>C&#8217;est \u00e0 cet instant pr\u00e9cis que la r\u00e9alit\u00e9 bascula, et que le v\u00e9ritable drame commen\u00e7a \u00e0 se r\u00e9v\u00e9ler.<br>Derri\u00e8re la structure m\u00e9tallique du miroir d\u00e9sormais bris\u00e9, la cloison de marbre n&#8217;\u00e9tait pas pleine. La violence de l&#8217;impact du coude d&#8217;\u00c9l\u00e9onore et la chute du ch\u00e2ssis en acier avaient fait sauter un panneau de boiserie dissimul\u00e9 dans la paroi. Une cavit\u00e9 secr\u00e8te, encastr\u00e9e dans le mur, venait d&#8217;\u00eatre mise \u00e0 nu par la destruction de la glace.<br>Dans cette niche sombre, lib\u00e9r\u00e9e de sa cachette par le fracas de la dispute, reposait un \u00e9quipement \u00e9lectronique dernier cri : un enregistreur num\u00e9rique haute d\u00e9finition reli\u00e9 \u00e0 de minuscules cam\u00e9ras espions, dont les objectifs \u00e9taient camoufl\u00e9s dans le cadre du miroir. L&#8217;\u00e9cran de contr\u00f4le de l&#8217;enregistreur clignotait encore d&#8217;une petite lumi\u00e8re rouge fixe, indiquant que la sc\u00e8ne enti\u00e8re \u2014 la dispute, les r\u00e9v\u00e9lations sur les signatures falsifi\u00e9es, la gifle, mais aussi la panique de Victoria et la pouss\u00e9e violente dans la piscine \u2014 venait d&#8217;\u00eatre retransmise en direct et enregistr\u00e9e sur un serveur s\u00e9curis\u00e9 distant.<br>\u00c9l\u00e9onore bloqua sa respiration. Son c\u0153ur manqua un battement. Elle reconnut imm\u00e9diatement le mod\u00e8le du mat\u00e9riel : c&#8217;\u00e9tait le syst\u00e8me de surveillance crypt\u00e9 que Julien utilisait pour faire chanter ses adversaires d&#8217;affaires. Mais pourquoi avoir orient\u00e9 une telle cam\u00e9ra vers le salon de leur propre demeure ? Pourquoi avoir plac\u00e9 ce miroir \u00e0 cet endroit pr\u00e9cis quelques semaines seulement avant la visite in\u00e9vitable de Victoria ?<br>Elle leva des yeux terrifi\u00e9s vers Julien. L&#8217;homme ne regardait plus son visage avec la m\u00eame d\u00e9tresse. L&#8217;expression de douleur bris\u00e9e qui se lisait sur ses traits quelques secondes plus t\u00f4t s&#8217;\u00e9tait alt\u00e9r\u00e9e. Son regard venait de glisser vers la cavit\u00e9 ouverte dans le mur, puis vers le voyant rouge qui continuait de clignoter calmement au milieu des d\u00e9bris. Une lueur d&#8217;une froideur glaciale, presque clinique, venait de remplacer les larmes dans ses yeux.<br>\u2014 Julien\u2026 souffla \u00c9l\u00e9onore, la voix prise d&#8217;une raideur glac\u00e9e. Qu&#8217;est-ce que c&#8217;est que \u00e7a ?<br>Julien ne r\u00e9pondit pas imm\u00e9diatement. Ses doigts, qui caressaient la joue d&#8217;\u00c9l\u00e9onore, s&#8217;immobilis\u00e8rent. Sa main redescendit doucement pour se poser sur le ventre rond de la jeune femme. Son geste, autrefois plein de tendresse, prenait soudain une tournure effrayante, comme la marque d&#8217;une possession absolue.<br>\u2014 C&#8217;est la fin de Victoria, \u00c9l\u00e9onore, r\u00e9pondit-il d&#8217;un ton parfaitement calme, d\u00e9nu\u00e9 de la moindre trace de l&#8217;hyst\u00e9rie qui l&#8217;animait un instant plus t\u00f4t dehors. C&#8217;est la preuve irr\u00e9futable dont le procureur avait besoin. Tentative de meurtre sur une femme enceinte sous alt\u00e9ration de jugement. Aggrav\u00e9e par effraction et pr\u00e9m\u00e9ditation. Elle passe le reste de sa vie en prison. Elle ne pourra plus jamais contester les\u7528 signatures. Ni revendiquer la moindre part de la soci\u00e9t\u00e9.<br>Un frisson glacial parcourut l&#8217;\u00e9chine d&#8217;\u00c9l\u00e9onore. Les pi\u00e8ces du puzzle s&#8217;assemblaient dans son esprit avec une clart\u00e9 terrifiante. La visite de Victoria n&#8217;\u00e9tait pas un accident. Julien savait que Victoria viendrait ce matin-l\u00e0, hors d&#8217;elle, arm\u00e9e de ses soup\u00e7ons. Il avait d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment laiss\u00e9 les documents de falsification en \u00e9vidence sur le bureau. Il \u00e9tait rest\u00e9 dans l&#8217;aile priv\u00e9e, attendant sagement derri\u00e8re la porte que la col\u00e8re de son ancienne compagne atteigne son paroxysme, sachant pertinemment que le temp\u00e9rament explosif de Victoria la pousserait \u00e0 l&#8217;acte physique devant le miroir. Il avait utilis\u00e9 la vie de sa compagne, la s\u00e9curit\u00e9 de son propre enfant \u00e0 na\u00eetre, comme un simple app\u00e2t dans un pi\u00e8ge judiciaire machiav\u00e9lique destin\u00e9 \u00e0 liquider d\u00e9finitivement son ancienne associ\u00e9e.<br>\u2014 Tu\u2026 tu savais ? murmura \u00c9l\u00e9onore, la voix bris\u00e9e par un effroi plus sourd que la douleur de ses blessures. Tu savais qu&#8217;elle allait me frapper ? Tu m&#8217;as laiss\u00e9e seule avec elle\u2026 Tu as risqu\u00e9 la vie de notre b\u00e9b\u00e9 pour un enregistrement ?<br>Julien pencha son visage vers le sien. Le soleil, se r\u00e9percutant sur les milliers de bris de verre \u00e9parpill\u00e9s autour d&#8217;eux, projetait des miroitements lunaires sur sa peau. Ses yeux n&#8217;exprimaient aucun regret pour le machiav\u00e9lisme de sa strat\u00e9gie, mais une possession totale et inqui\u00e9tante.<br>\u2014 Je savais qu&#8217;elle te toucherait, oui, chuchota-t-il \u00e0 son oreille. Mais je savais aussi que je serais l\u00e0 pour corriger le tir et la pr\u00e9cipiter dans le vide. C&#8217;\u00e9tait la seule solution pour nous prot\u00e9ger tous les trois. Pour que cet enfant h\u00e9rite d&#8217;un empire sans le moindre litige. C&#8217;est pour cela que je t&#8217;ai demand\u00e9 de me pardonner, \u00c9l\u00e9onore. Pas pour la gifle de Victoria\u2026 mais pour ce que j&#8217;ai d\u00fb te faire subir pour que le pi\u00e8ge se referme parfaitement.<br>Soudain, au dehors, le silence de la terrasse fut interrompu par le son d&#8217;une sir\u00e8ne distante qui grimpait les routes sinueuses du Cap d&#8217;Ail. La police et les secours, pr\u00e9venus automatiquement par le syst\u00e8me de s\u00e9curit\u00e9 d\u00e8s l&#8217;instant o\u00f9 le miroir connect\u00e9 s&#8217;\u00e9tait bris\u00e9, approchaient \u00e0 grande vitesse. Dans la piscine, les clapotis de l&#8217;eau t\u00e9moignaient que Victoria essayait p\u00e9niblement de se hisser hors du bassin, pi\u00e9g\u00e9e dans une propri\u00e9t\u00e9 dont les grilles automatiques venaient de se verrouiller pour l&#8217;emp\u00eacher de s&#8217;enfuir.<br>\u00c9l\u00e9onore resta allong\u00e9e sur le marbre froid, immobile parmi les fragments scintillants de leur vie de luxe. Sa main serra plus fort la soie de sa robe \u00e0 la hauteur de son ventre. Elle venait de comprendre que le miroir bris\u00e9 n&#8217;avait pas seulement r\u00e9v\u00e9l\u00e9 la folie de Victoria : il avait vol\u00e9 en \u00e9clats le masque de l&#8217;homme qu&#8217;elle aimait, lui d\u00e9voilant le v\u00e9ritable monstre aux c\u00f4t\u00e9s duquel elle s&#8217;appr\u00eatait \u00e0 \u00e9lire domicile. Et alors que les gyrophares bleus commen\u00e7aient \u00e0 balayer les murs blancs du salon \u00e0 travers les baies vitr\u00e9es, \u00c9l\u00e9onore comprit que la prison la plus sombre ne serait pas celle o\u00f9 Victoria allait passer ses prochaines ann\u00e9es, mais cette villa en marbre dont elle venait de devenir la plus pr\u00e9cieuse des captives.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"Le soleil de juillet frappait de plein fouet les baies vitr\u00e9es de la villa L&#8217;Observatoire, une demeure contemporaine aux lignes \u00e9pur\u00e9es et coupantes, \n<a class=\"moretag\" href=\"https:\/\/storyforyou.fun\/?p=2580\"> [...]<\/a>","protected":false},"author":1,"featured_media":2581,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[1],"tags":[],"class_list":["post-2580","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-1"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/storyforyou.fun\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2580","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/storyforyou.fun\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/storyforyou.fun\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/storyforyou.fun\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/storyforyou.fun\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=2580"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/storyforyou.fun\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2580\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":2582,"href":"https:\/\/storyforyou.fun\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2580\/revisions\/2582"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/storyforyou.fun\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/2581"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/storyforyou.fun\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=2580"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/storyforyou.fun\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=2580"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/storyforyou.fun\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=2580"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}