{"id":2526,"date":"2026-07-16T23:50:31","date_gmt":"2026-07-16T20:50:31","guid":{"rendered":"https:\/\/storyforyou.fun\/?p=2526"},"modified":"2026-07-16T23:50:31","modified_gmt":"2026-07-16T20:50:31","slug":"le-petit-garcon-qui-a-jete-un-seau-deau-sur-la-mercedes-dun-millionnaire-personne-netait-pret-a-entendre-pourquoi","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/storyforyou.fun\/?p=2526","title":{"rendered":"\u00abLe petit gar\u00e7on qui a jet\u00e9 un seau d\u2019eau sur la Mercedes d\u2019un millionnaire\u2026 personne n\u2019\u00e9tait pr\u00eat \u00e0 entendre pourquoi\u00bb"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le soleil d\u2019automne rasait les fa\u00e7ades haussmanniennes de la rue du Faubourg Saint-Honor\u00e9, d\u00e9coupant des ombres \u00e9tir\u00e9es sur le pav\u00e9 propre et brillant. C\u2019\u00e9tait cette heure suspendue de l\u2019apr\u00e8s-midi o\u00f9 la bourgeoisie parisienne s\u2019accordait une tr\u00eave entre deux rendez-vous d\u2019affaires ou deux s\u00e9ances de shopping exclusif. Les terrasses des caf\u00e9s chics affichaient complet, bruissantes de conversations feutr\u00e9es, de rires cristallins et du tintement discret des cuill\u00e8res en argent contre la porcelaine fine. L\u2019air sentait le caf\u00e9 torr\u00e9fi\u00e9, le cuir neuf des boutiques de haute couture et les parfums co\u00fbteux qui laissaient dans le sillage des passants des effluves d\u2019ambre et de jasmin. C\u2019\u00e9tait un monde de para\u00eetre, d\u2019ordre et de r\u00e9ussite insolente, un th\u00e9\u00e2tre de verre et d\u2019acier o\u00f9 la moindre fausse note \u00e9tait imm\u00e9diatement per\u00e7ue comme un affront \u00e0 l\u2019harmonie g\u00e9n\u00e9rale.<br>Gar\u00e9e le long du trottoir, juste devant l\u2019entr\u00e9e d&#8217;un palace renomm\u00e9, une Mercedes-Maybach noire, d\u2019un noir si profond qu\u2019il semblait absorber la lumi\u00e8re du jour, tr\u00f4nait comme un monument \u00e0 la gloire de la fortune moderne. Sa carrosserie, trait\u00e9e au carbone, refl\u00e9tait les moulures des balcons en face avec une nettet\u00e9 presque irr\u00e9elle. \u00c0 c\u00f4t\u00e9 du v\u00e9hicule, \u00e0 moiti\u00e9 appuy\u00e9 contre la porti\u00e8re conducteur, se tenait Alexandre Delambre. Costume sur mesure en laine froide bleu nuit, cravate de soie sombre, montre d\u2019horlogerie suisse brillant discr\u00e8tement au poignet gauche, il incarnait \u00e0 lui seul cette \u00e9lite froide et press\u00e9e que rien ne semblait pouvoir \u00e9branler. T\u00e9l\u00e9phone plaqu\u00e9 contre l\u2019oreille, il arpentait les quelques m\u00e8tres de trottoir qui lui \u00e9taient impartis avec l\u2019agitation nerveuse de ceux pour qui le temps est une devise plus pr\u00e9cieuse que l\u2019or.<br>Ses sourcils \u00e9taient fronc\u00e9s, ses yeux riv\u00e9s sur les vitrines sans r\u00e9ellement les voir. Sa voix, forte, assur\u00e9e, teint\u00e9e d&#8217;une irritation non dissimul\u00e9e, coupait le murmure ambiant de la rue, for\u00e7ant les clients attabl\u00e9s en terrasse \u00e0 tourner bri\u00e8vement la t\u00eate avant de feindre l\u2019indiff\u00e9rence.<br>\u00ab Non, je t\u2019ai dit que le contrat n\u2019attendrait pas lundi ! S\u2019ils veulent chipoter sur les clauses de non-concurrence, on se retire de l\u2019accord. Je me fiche de leurs \u00e9tats d\u2019\u00e2me, ce que je veux, ce sont des signatures sur papier glac\u00e9 avant ce soir. Et ne me parle pas de compromis, je d\u00e9teste ce mot. Soit ils acceptent nos conditions, soit ils coulent. C\u2019est aussi simple que cela. Attends\u2026 \u00bb<br>Alexandre s\u2019interrompit brusquement, non pas parce que son interlocuteur venait de l\u2019interrompre, mais parce qu\u2019un courant d\u2019air froid venait de traverser l\u2019avenue, apportant avec lui une odeur insolite de terre mouill\u00e9e et de d\u00e9composition v\u00e9g\u00e9tale.<br>C\u2019est \u00e0 cet instant pr\u00e9cis que le m\u00e9canisme bien huil\u00e9 de ce microcosme de luxe s\u2019enraya.<br>Surgissant de la ruelle adjacente, un petit gar\u00e7on courut sur le trottoir. Il ne devait pas avoir plus de cinq ans. Sa silhouette fr\u00eale flottait dans des v\u00eatements trop grands, us\u00e9s jusqu\u2019\u00e0 la trame, macul\u00e9s de taches sombres de graisse et de boue. Ses joues \u00e9taient rougies par le vent froid, mais ses yeux, d\u2019un bleu d\u00e9lav\u00e9 et presque translucide, brillaient d\u2019une intensit\u00e9 sauvage. Dans ses petites mains calleuses, il serrait la hanse m\u00e9tallique d\u2019un seau en plastique bleu, un seau d&#8217;entretien m\u00e9nager, lourd, rempli d\u2019une eau grise, fangeuse, huileuse, d&#8217;o\u00f9 \u00e9manait une odeur de caniveau et de vieux d\u00e9bris de march\u00e9. Il courait avec une d\u00e9termination effrayante, ses petites chaussures de toile trou\u00e9es claquant sur le bitume.<br>Avant que quiconque n\u2019ait le temps de comprendre ce qui se passait, avant m\u00eame que le vigile du palace post\u00e9 \u00e0 quelques m\u00e8tres n\u2019ait pu esquisser un geste, l\u2019enfant s\u2019arr\u00eata net devant la Mercedes rutilante. Dans un mouvement de balancier d\u2019une violence inou\u00efe pour son \u00e2ge, il projeta le contenu du seau directement sur le capot et le pare-brise de la berline de luxe.<br>Le choc de l\u2019eau boueuse contre la carrosserie impeccable fit un bruit sourd, comme une gifle. Le liquide gris\u00e2tre s\u2019\u00e9tala en larges tra\u00een\u00e9es d\u2019huile et de crasse, coulant lentement le long de la calandre chrom\u00e9e, souillant l&#8217;insigne \u00e9toil\u00e9, masquant les reflets du soleil sous une pellicule opaque et naus\u00e9abonde. Quelques gouttes \u00e9clabouss\u00e8rent les souliers vernis d&#8217;Alexandre et le bas de son pantalon de costume impeccable.<br>Un frisson d\u2019effroi parcourut la terrasse du caf\u00e9. Les conversations s\u2019arr\u00eat\u00e8rent net. Plusieurs personnes se lev\u00e8rent, la main devant la bouche, tandis que d\u2019autres, par un r\u00e9flexe d\u00e9sormais pavlovien, sortirent leur t\u00e9l\u00e9phone portable pour filmer la sc\u00e8ne, leurs \u00e9crans braqu\u00e9s sur le drame naissant comme autant de petits miroirs cyniques.<br>\u00ab Oh mon Dieu ! \u00bb murmura une femme \u00e9l\u00e9gante en renversant presque sa tasse.<br>\u00ab Mais qu&#8217;est-ce qu&#8217;il fait ?! O\u00f9 sont ses parents ? C\u2019est un scandale ! \u00bb s\u2019indigna un homme d&#8217;\u00e2ge m\u00fbr en ajustant ses lunettes d&#8217;\u00e9caille.<br>Alexandre Delambre resta un instant p\u00e9trifi\u00e9, le bras toujours lev\u00e9, le t\u00e9l\u00e9phone coll\u00e9 \u00e0 l\u2019oreille. Son cerveau, pourtant habitu\u00e9 \u00e0 traiter instantan\u00e9ment les crises financi\u00e8res les plus complexes, refusait d\u2019int\u00e9grer ce qu\u2019il venait de voir. Ses yeux pass\u00e8rent de sa voiture d\u00e9figur\u00e9e \u00e0 ses chaussures tach\u00e9es, puis au visage de l\u2019enfant qui se tenait l\u00e0, \u00e0 deux m\u00e8tres de lui, le seau vide pendant au bout de son bras tendu. Une vague de col\u00e8re rouge, visc\u00e9rale, monta de sa poitrine jusqu&#8217;\u00e0 ses tempes, lui faisant perdre toute la contenance qu&#8217;il s&#8217;effor\u00e7ait de maintenir en public depuis des ann\u00e9es.<br>Il jeta presque son t\u00e9l\u00e9phone sur le si\u00e8ge passager par la fen\u00eatre rest\u00e9e entrouverte et s\u2019avan\u00e7a vers l\u2019enfant, les poings serr\u00e9s, le visage d\u00e9form\u00e9 par une fureur noire.<br>\u00ab MAIS T\u2019ES MALADE ?! \u00bb hurla-t-il, sa voix r\u00e9sonnant contre les fa\u00e7ades de pierre de la rue. \u00ab QU\u2019EST-CE QUE T\u2019AS FAIT ?! Tu sais combien co\u00fbte cette voiture, esp\u00e8ce de petit sauvage ?! O\u00f9 sont tes parents ?! Qui t\u2019a permis de faire \u00e7a ?! \u00bb<br>L\u2019homme d&#8217;affaires imposant surplombait le petit gar\u00e7on de toute sa hauteur, l\u2019ombre de sa silhouette \u00e9l\u00e9gante recouvrant enti\u00e8rement le corps fr\u00eale de l\u2019enfant. N\u2019importe quel gamin de son \u00e2ge aurait \u00e9clat\u00e9 en sanglots, se serait enfui ou aurait cherch\u00e9 \u00e0 se cacher. Mais le gar\u00e7on ne bougea pas d\u2019un millim\u00e8tre. Ses petites mains se crisp\u00e8rent simplement un peu plus fort sur l&#8217;anse du seau. Sa l\u00e8vre inf\u00e9rieure tremblait l\u00e9g\u00e8rement, trahissant la terreur qui le rongeait de l&#8217;int\u00e9rieur, mais son regard restait obstin\u00e9ment fix\u00e9 sur celui d&#8217;Alexandre. C&#8217;\u00e9tait un regard d&#8217;une gravit\u00e9 insoutenable, d\u00e9pourvu de la malice ou de l&#8217;insolence des garnements de rue. C&#8217;\u00e9tait le regard d&#8217;un \u00eatre qui n&#8217;avait plus rien \u00e0 perdre.<br>Dans le silence de mort qui s\u2019\u00e9tait abattu sur le Faubourg Saint-Honor\u00e9, la petite voix du gar\u00e7on s\u2019\u00e9leva, fragile, bris\u00e9e par un sanglot retenu, mais d\u2019une clart\u00e9 presque surnaturelle.<br>\u00ab Vous \u00eates gar\u00e9 sur ma maman. \u00bb<br>Ces mots tomb\u00e8rent sur la foule comme une sentence. Alexandre s\u2019arr\u00eata net, un mot de col\u00e8re bloqu\u00e9 au fond de sa gorge. Sa bouche resta l\u00e9g\u00e8rement entrouverte. Autour d&#8217;eux, les murmures indign\u00e9s de la foule s&#8217;\u00e9teignirent d&#8217;un coup, remplac\u00e9s par un silence de cath\u00e9drale, lourd, oppressant, presque douloureux. M\u00eame le bruit lointain de la circulation parisienne semblait s&#8217;\u00eatre estomp\u00e9.<br>\u00ab \u2026quoi ? \u00bb balbutia Alexandre, sa voix descendant d\u2019un octave, d\u00e9pouill\u00e9e instantan\u00e9ment de sa superbe et de son autorit\u00e9.<br>Le gar\u00e7on ne r\u00e9pondit pas tout de suite. Il se contenta de baisser les yeux vers le sol, puis de tourner lentement son regard vers l&#8217;avant de la Mercedes.<br>Pris d&#8217;un pressentiment sinistre qui lui gla\u00e7a le sang, Alexandre fit un pas de c\u00f4t\u00e9. Ses yeux suivirent le parcours indiqu\u00e9 par le gamin. Il contourna lentement le capot souill\u00e9, ses pas devenant soudainement lourds, incertains. La cam\u00e9ra imaginaire de cette sc\u00e8ne semblait glisser le long du pneu avant droit de la lourde berline allemande.<br>L\u00e0, sous le ch\u00e2ssis rabaiss\u00e9 de la voiture de luxe, coinc\u00e9s sous la gomme \u00e9paisse et noire du pneu de secours, gisaient les restes d&#8217;un petit chariot de fortune en bois blanc. Les roues en plastique du chariot \u00e9taient bris\u00e9es, le bois fendu en mille \u00e9clats. Tout autour, \u00e9cras\u00e9s sous le poids de deux tonnes d\u2019acier, des dizaines d\u2019\u0153illets, de roses sauvages et de brins de lavande gisaient dans la poussi\u00e8re du caniveau, leurs p\u00e9tales \u00e9clat\u00e9s lib\u00e9rant une odeur douce\u00e2tre de s\u00e8ve et de deuil. C&#8217;\u00e9tait la marchandise d&#8217;une vendeuse de fleurs de rue, de celles que l&#8217;on croise parfois \u00e0 la sauvette au coin des grandes avenues, invisibles aux yeux des passants press\u00e9s.<br>Parmi les d\u00e9bris de bois et de fleurs broy\u00e9es, un sac \u00e0 main en simili-cuir marron, r\u00e2p\u00e9 aux angles, \u00e9tait \u00e0 moiti\u00e9 coinc\u00e9 sous le pneu. La fermeture \u00e9clair s&#8217;\u00e9tait rompue sous la pression, laissant \u00e9chapper quelques pi\u00e8ces de monnaie, un carnet de notes de caisse mouill\u00e9, et un objet qui fit rater un battement au c\u0153ur d\u2019Alexandre.<br>Un bracelet en argent, compos\u00e9 de petites mailles fines reliant des breloques en forme de feuilles de lierre.<br>Alexandre sentit le sol se d\u00e9rober sous ses pieds. Ce bracelet. Il connaissait ce motif. Il l&#8217;avait vu des centaines de fois, des ann\u00e9es auparavant, fr\u00f4ler sa propre peau lors de nuits d&#8217;\u00e9t\u00e9 chaudes et insouciantes, bien avant que sa vie ne devienne une course effr\u00e9n\u00e9e vers le pouvoir et la reconnaissance sociale. C&#8217;\u00e9tait un bijou de pacotille, achet\u00e9 pour trois fois rien sur un march\u00e9 d\u2019artisans, mais auquel elle tenait plus qu\u2019\u00e0 sa propre vie car il venait de sa grand-m\u00e8re.<br>Le petit gar\u00e7on fit un pas vers lui, le seau vide tra\u00eenant d\u00e9sormais sur le sol dans un grincement sinistre. Il pointa un petit doigt tremblant vers le dessous de la voiture, l\u00e0 o\u00f9 le sac \u00e0 main d\u00e9passait de l\u2019ombre du pneu.<br>\u00ab Elle vendait des fleurs\u2026 \u00bb murmura le gar\u00e7on, des larmes \u00e9paisses et silencieuses commen\u00e7ant enfin \u00e0 tracer des sillons propres sur ses joues couvertes de suie. \u00ab Elle s&#8217;est install\u00e9e ce matin. Vous \u00eates arriv\u00e9 tr\u00e8s vite pour vous garer. Elle a essay\u00e9 de sauver le chariot\u2026 et elle est tomb\u00e9e. Vous n&#8217;avez pas regard\u00e9. Vous criiez dans votre t\u00e9l\u00e9phone. \u00bb<br>Alexandre ne l&#8217;\u00e9coutait d\u00e9j\u00e0 plus qu&#8217;\u00e0 moiti\u00e9, le sifflement de ses propres battements de c\u0153ur envahissant ses oreilles. La panique, une panique pure, animale, le submergea. Il oublia la foule qui le regardait, il oublia les t\u00e9l\u00e9phones qui filmaient son humiliation. Il laissa tomber son corps \u00e0 genoux sur le bitume mouill\u00e9, sans se soucier du fait que l&#8217;eau fangeuse impr\u00e9gnait instantan\u00e9ment le tissu pr\u00e9cieux de son pantalon de cr\u00e9ateur. Ses mains, habituellement si fermes lors des n\u00e9gociations de millions d&#8217;euros, se mirent \u00e0 trembler de mani\u00e8re incontr\u00f4lable.<br>Il tendit le bras sous l&#8217;aile de la voiture, \u00e9cartant les p\u00e9tales de roses \u00e9cras\u00e9es d&#8217;un geste fr\u00e9n\u00e9tique, et saisit le bracelet en argent. Le m\u00e9tal \u00e9tait froid, mouill\u00e9 de l&#8217;eau du caniveau. Il le retourna d&#8217;un geste f\u00e9brile. Sur la plus grande des breloques, une inscription presque effac\u00e9e par le temps y \u00e9tait grav\u00e9e.<br><em>A. + A. \u2014 Pour toujours.<\/em><br>Un g\u00e9missement \u00e9touff\u00e9 s&#8217;\u00e9chappa de la gorge d&#8217;Alexandre. Le visage d&#8217;une jeune femme aux cheveux sombres et au sourire timide, qu&#8217;il avait l\u00e2chement abandonn\u00e9e six ans plus t\u00f4t lorsqu&#8217;il avait choisi d&#8217;\u00e9pouser la fille de son principal actionnaire pour consolider sa position sociale, lui apparut avec une nettet\u00e9 terrifiante. Elle s&#8217;appelait Anna. Elle \u00e9tait partie sans un bruit, refusant son argent, refusant sa piti\u00e9, emportant avec elle le secret d&#8217;une grossesse qu&#8217;il n&#8217;avait apprise que bien trop tard par des rumeurs indirectes qu&#8217;il avait pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 ignorer pour ne pas perturber sa nouvelle vie parfaite.<br>\u00ab Non\u2026 \u00bb chuchota-t-il, la voix bris\u00e9e, ses doigts se refermant sur le bracelet au point de s&#8217;en faire saigner la paume. \u00ab Non\u2026 Anna ?\u2026 C&#8217;est impossible\u2026 \u00bb<br>Il leva les yeux vers le petit gar\u00e7on. En observant attentivement ce visage sale, ces grands yeux bleus, cette ligne de m\u00e2choire si famili\u00e8re, il se vit lui-m\u00eame, vingt-cinq ans plus t\u00f4t, avant que le cynisme ne vienne calcifier son \u00e2me. C&#8217;\u00e9tait son fils. Ce gamin de la rue, qui venait de jeter de l&#8217;eau sale sur son symbole de r\u00e9ussite sociale, \u00e9tait son propre sang.<br>Le gar\u00e7on le regarda, les yeux brillants d&#8217;un m\u00e9lange d&#8217;espoir na\u00eff et de d\u00e9tresse absolue. Il fit un pas de plus vers cet homme en costume de lumi\u00e8re qui pleurait d\u00e9sormais \u00e0 genoux dans la boue.<br>\u00ab Vous connaissez ma maman ? \u00bb demanda-t-il d&#8217;une voix si douce, si pure, qu&#8217;elle transper\u00e7a le c\u0153ur de pierre d&#8217;Alexandre.<br>L&#8217;homme d&#8217;affaires fut incapable de r\u00e9pondre. Les mots \u00e9taient bloqu\u00e9s dans sa poitrine, \u00e9trangl\u00e9s par un remords d&#8217;une violence inou\u00efe. La foule autour d&#8217;eux n&#8217;osait plus respirer. Les passants qui filmaient quelques instants plus t\u00f4t baiss\u00e8rent lentement leurs t\u00e9l\u00e9phones, saisis par la d\u00e9cence tardive d&#8217;une trag\u00e9die intime qui se d\u00e9roulait sous leurs yeux.<br>C&#8217;est alors qu&#8217;un bruit m\u00e9canique, presque imperceptible dans le silence religieux de l&#8217;avenue, fit sursauter Alexandre.<br>Le verrouillage centralis\u00e9 de la Mercedes-Maybach \u00e9mit un double d\u00e9clic discret. Lentement, tr\u00e8s lentement, la lourde porti\u00e8re arri\u00e8re gauche de la berline de luxe, celle qui faisait face \u00e0 la rue et qui \u00e9tait rest\u00e9e l\u00e9g\u00e8rement entrouverte lors de l&#8217;arr\u00eat pr\u00e9cipit\u00e9 d&#8217;Alexandre, commen\u00e7a \u00e0 s&#8217;ouvrir.<br>Un silence total, absolu, s&#8217;abattit sur la rue du Faubourg Saint-Honor\u00e9. Tous les regards se tourn\u00e8rent vers l&#8217;int\u00e9rieur sombre de la voiture de luxe, dont les vitres teint\u00e9es prot\u00e9geaient habituellement l&#8217;intimit\u00e9 des puissants de ce monde.<br>Depuis la p\u00e9nombre des si\u00e8ges en cuir matelass\u00e9, une voix faible, \u00e9raill\u00e9e par la douleur et la fatigue, mais d&#8217;une douceur infinie, s&#8217;\u00e9leva :<br>\u00ab \u2026L\u00e9o ? \u00bb<br>Le petit gar\u00e7on sursauta, ses yeux s&#8217;\u00e9carquillant de surprise et de joie sauvage. Alexandre, le souffle coup\u00e9, se tourna lentement vers la porti\u00e8re ouverte. Une main fine, \u00e9corch\u00e9e aux articulations, agrippait le bord du montant en cuir. Anna, le visage p\u00e2le, portant les marques de la chute mais vivante, s&#8217;\u00e9tait r\u00e9fugi\u00e9e \u00e0 l&#8217;int\u00e9rieur du v\u00e9hicule par la porti\u00e8re non verrouill\u00e9e alors qu&#8217;Alexandre hurlait sur le trottoir, cherchant simplement un endroit s\u00fbr pour \u00e9chapper \u00e0 la foule et \u00e0 la douleur.<br>Les yeux d&#8217;Alexandre rencontr\u00e8rent ceux d&#8217;Anna \u00e0 travers l&#8217;ouverture de la porti\u00e8re. Tout son empire de verre et d&#8217;acier venait de s&#8217;effondrer, mais dans les d\u00e9combres de sa vie parfaite, une lumi\u00e8re inattendue venait de s&#8217;allumer.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"Le soleil d\u2019automne rasait les fa\u00e7ades haussmanniennes de la rue du Faubourg Saint-Honor\u00e9, d\u00e9coupant des ombres \u00e9tir\u00e9es sur le pav\u00e9 propre et brillant. \n<a class=\"moretag\" href=\"https:\/\/storyforyou.fun\/?p=2526\"> [...]<\/a>","protected":false},"author":1,"featured_media":2527,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[1],"tags":[],"class_list":["post-2526","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-1"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/storyforyou.fun\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2526","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/storyforyou.fun\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/storyforyou.fun\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/storyforyou.fun\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/storyforyou.fun\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=2526"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/storyforyou.fun\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2526\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":2528,"href":"https:\/\/storyforyou.fun\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2526\/revisions\/2528"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/storyforyou.fun\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/2527"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/storyforyou.fun\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=2526"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/storyforyou.fun\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=2526"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/storyforyou.fun\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=2526"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}