{"id":2065,"date":"2026-05-31T14:33:01","date_gmt":"2026-05-31T11:33:01","guid":{"rendered":"https:\/\/storyforyou.fun\/?p=2065"},"modified":"2026-05-31T14:33:01","modified_gmt":"2026-05-31T11:33:01","slug":"ils-se-croyaient-intouchables-jusqua-son-arrivee","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/storyforyou.fun\/?p=2065","title":{"rendered":"\u00abIls Se Croyaient Intouchables\u2026 Jusqu\u2019\u00e0 Son Arriv\u00e9e\u00bb"},"content":{"rendered":"\n<h1 class=\"wp-block-heading\"><\/h1>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u200bLa lumi\u00e8re diaphane du petit matin per\u00e7ait \u00e0 travers les immenses baies vitr\u00e9es panoramiques, inondant la salle de r\u00e9union d\u2019un \u00e9clat froid et immacul\u00e9. Nous \u00e9tions au huiti\u00e8me et dernier \u00e9tage de la tour de verre qui abritait le si\u00e8ge mondial d&#8217;Aetheris Corporation, un sanctuaire imp\u00e9n\u00e9trable suspendu au-dessus du tumulte de la m\u00e9tropole. De l\u00e0-haut, la ville ressemblait \u00e0 une maquette silencieuse, un oc\u00e9an de b\u00e9ton et d&#8217;acier o\u00f9 des millions d&#8217;\u00e2mes s&#8217;agitaient dans l&#8217;indiff\u00e9rence la plus totale des dieux qui les gouvernaient. L&#8217;espace lui-m\u00eame transpirait l&#8217;arrogance et le pouvoir absolu. Aucune cloison opaque ne venait entraver la vue \u00e0 trois cent soixante degr\u00e9s ; seul le verre, pur et sans la moindre \u00e9gratignure, s\u00e9parait les ma\u00eetres des lieux du reste du monde. La d\u00e9coration relevait d&#8217;un minimalisme agressif, typique du monde corporate haut de gamme : une moquette \u00e9paisse d&#8217;un gris anthracite qui absorbait le moindre bruit de pas, des \u0153uvres d&#8217;art contemporain inestimables accroch\u00e9es sur les rares pans de mur, et, tr\u00f4nant au centre de la pi\u00e8ce, une gigantesque table de r\u00e9union sculpt\u00e9e dans un seul bloc de verre tremp\u00e9 et de titane.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u200bAutour de cet autel d\u00e9di\u00e9 \u00e0 la rentabilit\u00e9 et \u00e0 l&#8217;ambition d\u00e9mesur\u00e9e, cinq personnes \u00e9taient rassembl\u00e9es. C&#8217;\u00e9tait l&#8217;\u00e9lite de l&#8217;\u00e9lite, le comit\u00e9 de direction restreint qui d\u00e9cidait du sort de milliers d&#8217;employ\u00e9s d&#8217;un simple claquement de doigts. L&#8217;atmosph\u00e8re \u00e9tait charg\u00e9e d&#8217;une tension \u00e9lectrique, celle des pr\u00e9dateurs qui s&#8217;appr\u00eatent \u00e0 d\u00e9vorer une nouvelle proie. Il y avait l\u00e0 deux femmes d&#8217;une \u00e9l\u00e9gance glaciale, moul\u00e9es dans des tailleurs de cr\u00e9ateurs aux coupes chirurgicales. La premi\u00e8re, Val\u00e9rie, arborait un ensemble Chanel d&#8217;une blancheur immacul\u00e9e qui jurait avec la noirceur des plans sociaux qu&#8217;elle concevait ; la seconde, Diane, jouait nonchalamment avec un stylo plume en or massif, ses yeux de glace fix\u00e9s sur les graphiques de croissance projet\u00e9s sur l&#8217;\u00e9cran holographique. \u00c0 leurs c\u00f4t\u00e9s, trois hommes incarnaient la brutalit\u00e9 \u00e9l\u00e9gante du capitalisme moderne. Leurs costumes sur mesure, tiss\u00e9s dans les laines les plus rares, tombaient avec une perfection math\u00e9matique sur leurs \u00e9paules. Leurs poignets, d\u00e9passant tout juste des manches de leurs chemises en popeline, arboraient des montres dont le prix d\u00e9passait all\u00e8grement le salaire d&#8217;une vie enti\u00e8re d&#8217;un ouvrier moyen. Ils riaient, d&#8217;un rire gras et satisfait, c\u00e9l\u00e9brant leur derni\u00e8re acquisition hostile avec le cynisme propre \u00e0 ceux qui n&#8217;ont jamais connu l&#8217;\u00e9chec. Le brouhaha de leur conversation, m\u00ealant termes techniques, sarcasmes et m\u00e9pris de classe, saturait l&#8217;espace d&#8217;une suffisance toxique.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u200bSoudain, la perfection millim\u00e9tr\u00e9e de cet \u00e9cosyst\u00e8me fut bris\u00e9e. La lourde porte d&#8217;acajou \u00e0 double battant, cens\u00e9e n&#8217;ob\u00e9ir qu&#8217;aux badges biom\u00e9triques de niveau sept, s&#8217;ouvrit avec une lenteur spectrale. Le silence tomba, imm\u00e9diat, lourd, presque suffoquant. Les cinq t\u00eates se tourn\u00e8rent simultan\u00e9ment vers l&#8217;entr\u00e9e, les sourires satisfaits gel\u00e9s sur leurs visages, remplac\u00e9s instantan\u00e9ment par une incompr\u00e9hension indign\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u200bUn homme venait de franchir le seuil.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u200bLe contraste entre cet intrus et le sanctuaire dans lequel il venait de p\u00e9n\u00e9trer \u00e9tait d&#8217;une violence inou\u00efe. Il paraissait avoir environ trente-cinq ans. Ses cheveux, l\u00e9g\u00e8rement longs et mal coiff\u00e9s, retombaient sur un visage barr\u00e9 par une \u00e9paisse barbe sombre qui semblait ne pas avoir crois\u00e9 la lame d&#8217;un rasoir depuis des semaines. Il ne portait ni costume en alpaga, ni chaussures vernies. Son allure tenait presque de la provocation dans ce temple du luxe : un vieux jean d\u00e9lav\u00e9 dont l&#8217;ourlet effiloch\u00e9 fr\u00f4lait des bottines en cuir us\u00e9es, et une veste en toile de coton kaki dont les coudes trahissaient des ann\u00e9es d&#8217;usage intensif. Il n&#8217;y avait rien, absolument rien dans sa tenue qui puisse justifier sa pr\u00e9sence au-del\u00e0 du rez-de-chauss\u00e9e de la tour. Pourtant, malgr\u00e9 son apparence modeste, voire mis\u00e9rable aux yeux des cadres, il n&#8217;\u00e9manait de lui aucune honte, aucune h\u00e9sitation. Sa posture \u00e9tait droite, ancr\u00e9e dans le sol. Mais c&#8217;\u00e9tait surtout son regard qui frappait. Un regard d&#8217;une tranquillit\u00e9 terrifiante, froid et assur\u00e9, d&#8217;un bleu d&#8217;acier qui semblait transpercer les \u00e2mes et \u00e9valuer les cinq personnes pr\u00e9sentes comme on \u00e9value des meubles destin\u00e9s \u00e0 la casse.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u200bLe premier \u00e0 retrouver l&#8217;usage de la parole fut Jean-Charles, le directeur des op\u00e9rations, un homme dont le visage congestionn\u00e9 par la col\u00e8re jurait avec la soie de sa cravate. Ses mains se pos\u00e8rent violemment sur le verre de la table, les jointures blanchies par la pression, tandis qu&#8217;il se levait d&#8217;un bond, renversant presque sa chaise ergonomique. La fureur d\u00e9forma ses traits aristocratiques.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u200b\u00ab Mais qu\u2019est-ce que tu fais ici, esp\u00e8ce de clochard ?! \u00bb hurla-t-il, sa voix r\u00e9sonnant contre les vitres panoramiques avec une stridence insupportable. L&#8217;\u00e9cho de l&#8217;insulte rebondit dans la vaste pi\u00e8ce, soulignant l&#8217;absurdit\u00e9 de la situation. Jean-Charles leva un doigt accusateur, tremblant de rage contenue, pointant la poitrine de l&#8217;intrus. \u00ab Qui t\u2019a autoris\u00e9 \u00e0 entrer dans la salle de direction ?! C&#8217;est une zone s\u00e9curis\u00e9e, bordel ! O\u00f9 est la putain de s\u00e9curit\u00e9 ?! \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u200bMarcus, car tel \u00e9tait son nom, ne tressaillit pas. Pas un muscle de son visage ne bougea. Il ignora l&#8217;insulte avec la superbe d&#8217;un souverain ignorant l&#8217;aboiement d&#8217;un chien galeux. S&#8217;il y avait un l\u00e9ger micro-tremblement de l&#8217;air autour de lui, c&#8217;\u00e9tait l&#8217;\u00e9nergie d&#8217;une tension dramatique qui ne cessait de cro\u00eetre, saturant l&#8217;atmosph\u00e8re d&#8217;une lourdeur insoutenable. Chaque pas qu&#8217;il fit vers la grande table de verre sembla durer une \u00e9ternit\u00e9. <em>Tac. Tac. Tac.<\/em> Le bruit mat de ses semelles us\u00e9es sur la moquette \u00e9paisse r\u00e9sonnait comme le compte \u00e0 rebours d&#8217;une bombe \u00e0 retardement. Il s&#8217;avan\u00e7a lentement, d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment, p\u00e9n\u00e9trant au c\u0153ur m\u00eame de leur territoire, violant leur espace personnel avec une assurance qui les p\u00e9trifiait de nouveau.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u200bIl s&#8217;arr\u00eata au bout de la table. Les regards converg\u00e8rent vers ses mains. D&#8217;un mouvement lent, fluide, d\u00e9nu\u00e9 de toute pr\u00e9cipitation, il sortit de sous son bras une \u00e9paisse chemise cartonn\u00e9e. Le cuir et le lourd papier glac\u00e9 frapp\u00e8rent la surface de verre tremp\u00e9 dans un bruit sourd et d\u00e9finitif qui fit sursauter Val\u00e9rie. Le dossier \u00e9tait imposant, cercl\u00e9 d&#8217;un ruban rouge notarial, frapp\u00e9 du sceau d&#8217;un des cabinets d&#8217;avocats les plus redoutables et inaccessibles de la place financi\u00e8re internationale.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u200bMarcus posa ses deux mains \u00e0 plat sur le dossier. Il releva lentement la t\u00eate, accrochant le regard de chacun des cinq dirigeants, un par un, s&#8217;assurant que son attention se gravait dans leurs r\u00e9tines. Son visage demeurait d&#8217;une impassibilit\u00e9 absolue, une statue de marbre au milieu d&#8217;un oc\u00e9an de panique bourgeoise. Lorsqu&#8217;il parla, sa voix ne fut pas forte. Elle n&#8217;eut pas besoin de l&#8217;\u00eatre. Elle \u00e9tait grave, pos\u00e9e, parfaitement synchronis\u00e9e avec la pulsation folle des c\u0153urs qui battaient dans la pi\u00e8ce, tranchante comme la lame d&#8217;une guillotine.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u200b\u00ab \u00c0 partir de maintenant, je suis le propri\u00e9taire de cette entreprise. \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u200bLa phrase, compos\u00e9e de quelques mots simples, flotta dans l&#8217;air conditionn\u00e9 de la salle de direction pendant une seconde qui parut durer un si\u00e8cle. Le silence fut total, absolu. Les mots semblaient physiquement impossibles \u00e0 assimiler pour les cerveaux des cinq cadres dirigeants. <em>Propri\u00e9taire. De cette entreprise.<\/em> La distorsion cognitive \u00e9tait trop violente. Un homme en v\u00eatements us\u00e9s se tenait dans leur sanctuaire \u00e0 plusieurs milliards d&#8217;euros de valorisation boursi\u00e8re, pr\u00e9tendant en \u00eatre le ma\u00eetre absolu.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u200bPuis, la digue c\u00e9da.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u200bCe ne fut d&#8217;abord qu&#8217;un gloussement incr\u00e9dule \u00e9touff\u00e9 par Diane, mais il contamina la pi\u00e8ce \u00e0 la vitesse d&#8217;un virus foudroyant. En l&#8217;espace de deux secondes, les cinq cadres \u00e9clat\u00e8rent d&#8217;un rire bruyant, convulsif, presque hyst\u00e9rique. C&#8217;\u00e9tait le rire nerveux de la classe dirigeante confront\u00e9e \u00e0 l&#8217;absurde, une r\u00e9action d&#8217;auto-d\u00e9fense face \u00e0 une r\u00e9alit\u00e9 qu&#8217;ils refusaient cat\u00e9goriquement de valider. Le directeur financier, un homme replet au teint rubicond, se mit \u00e0 taper fr\u00e9n\u00e9tiquement sur la table en verre, les larmes aux yeux, incapable de contenir sa moquerie.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u200b\u00ab Tu comprends au moins ce que tu racontes ? \u00bb hoqueta-t-il, reprenant p\u00e9niblement son souffle, la voix bris\u00e9e par l&#8217;hilarit\u00e9, pointant un doigt gras et bagu\u00e9 vers Marcus. \u00ab C&#8217;est une cam\u00e9ra cach\u00e9e ? C&#8217;est \u00e7a ? Le d\u00e9partement marketing fait encore des siennes ? \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u200bVal\u00e9rie, retrouvant sa condescendance glaciale, se pencha en arri\u00e8re dans son fauteuil en cuir pleine fleur, croisant les bras sous sa poitrine avec un rictus de m\u00e9pris qui d\u00e9formait ses jolis traits. Elle le d\u00e9visagea de la t\u00eate aux pieds, son regard s&#8217;attardant sur l&#8217;ourlet effiloch\u00e9 du jean avec un d\u00e9go\u00fbt palpable.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u200b\u00ab Tu ne pourrais m\u00eame pas r\u00eaver de poss\u00e9der cette soci\u00e9t\u00e9 ! \u00bb cracha-t-elle, sa voix suave d\u00e9goulinante d&#8217;un venin moqueur. \u00ab M\u00eame dans tes r\u00eaves les plus fous, mon pauvre ami, tu ne pourrais pas t&#8217;offrir la poign\u00e9e de la porte que tu viens de franchir. Redescends dans la rue avant qu&#8217;on n&#8217;appelle la police pour t&#8217;y jeter \u00e0 coups de pied. \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u200bLes rires redoubl\u00e8rent d&#8217;intensit\u00e9, rebondissant de mani\u00e8re cacophonique dans toute la pi\u00e8ce. Le bruit devenait \u00e9c\u0153urant, une symphonie de l&#8217;arrogance humaine pouss\u00e9e \u00e0 son paroxysme. Ils se regardaient entre eux, cherchant l&#8217;approbation de leurs pairs dans cette humiliation collective d&#8217;un homme qu&#8217;ils consid\u00e9raient comme un fou, un vagabond \u00e9gar\u00e9 dans la stratosph\u00e8re de la richesse.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u200bMarcus laissa le vacarme d\u00e9ferler sur lui sans ciller. Ses yeux bleus ne quitt\u00e8rent pas un instant le visage de Jean-Charles, puis balay\u00e8rent la pi\u00e8ce pour observer cette mascarade tragique. Il savait quelque chose qu&#8217;ils ignoraient. Il savait que ce rire \u00e9tait leur chant du cygne. Il savait que dans ce dossier \u00e9crasant, fruit de huit ann\u00e9es de montages financiers opaques, de soci\u00e9t\u00e9s \u00e9crans imbriqu\u00e9es aux \u00eeles Ca\u00efmans, de rachats discrets d&#8217;actions flottantes et d&#8217;une prise de contr\u00f4le silencieuse du conseil d&#8217;administration via des fonds d&#8217;investissement fant\u00f4mes, il d\u00e9tenait soixante-quatorze pour cent du capital de la soci\u00e9t\u00e9 m\u00e8re. Leurs actions de performance, leurs stock-options, leurs parachutes dor\u00e9s&#8230; tout cela venait d&#8217;\u00eatre annul\u00e9 par une clause de restructuration d&#8217;urgence qu&#8217;il avait lui-m\u00eame r\u00e9dig\u00e9e la nuit pr\u00e9c\u00e9dente.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u200bAvec une lenteur toujours aussi calcul\u00e9e, Marcus plongea la main dans la poche int\u00e9rieure de sa vieille veste militaire. Le geste provoqua un l\u00e9ger tressaillement chez le directeur financier, mais les rires se maintinrent, bien qu&#8217;un peu moins bruyants. Marcus en retira un smartphone. Pas un mod\u00e8le extravagant incrust\u00e9 de diamants, ni le dernier gadget pliable \u00e0 la mode, mais un appareil sombre, industriel, s\u00e9curis\u00e9 par des protocoles militaires.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u200bIl y eut un silence progressif. Les rires s&#8217;\u00e9teignirent un \u00e0 un, remplac\u00e9s par une curiosit\u00e9 teint\u00e9e de malaise. Pourquoi cet homme ne paniquait-il pas ? Pourquoi ne fuyait-il pas face \u00e0 leur m\u00e9pris ? L&#8217;assurance in\u00e9branlable de Marcus commen\u00e7ait, telle une faille sismique invisible, \u00e0 fissurer les fondations de leur arrogante certitude. Les sourires moururent sur les l\u00e8vres de Diane et Val\u00e9rie. Jean-Charles plissa les yeux, une goutte de sueur froide naissant subitement \u00e0 la racine de ses cheveux parfaitement gomin\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u200bMarcus d\u00e9verrouilla l&#8217;\u00e9cran d&#8217;un simple contact du pouce et porta le t\u00e9l\u00e9phone \u00e0 son oreille. Le silence dans la pi\u00e8ce \u00e9tait d\u00e9sormais si dense qu&#8217;on aurait pu entendre la trotteuse de la Rolex de Jean-Charles avancer.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u200b\u00ab S\u00e9curit\u00e9, \u00bb pronon\u00e7a Marcus. Sa voix, cette fois, r\u00e9sonnait d&#8217;une autorit\u00e9 tranchante, absolue, le ton d&#8217;un homme habitu\u00e9 \u00e0 \u00eatre ob\u00e9i instantan\u00e9ment. \u00ab Montez imm\u00e9diatement au huiti\u00e8me \u00e9tage. \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u200bIl raccrocha sans attendre de r\u00e9ponse et glissa l&#8217;appareil dans sa poche.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u200bLes rires s&#8217;\u00e9taient arr\u00eat\u00e9s net. La salle de direction, quelques secondes auparavant th\u00e9\u00e2tre d&#8217;une hilarit\u00e9 triomphante, ressemblait maintenant \u00e0 une morgue. Les visages des cinq cadres s&#8217;allong\u00e8rent. L&#8217;air se figea. Une s\u00e9rie de gros plans invisibles sembla s&#8217;attarder sur leurs expressions successives : les yeux \u00e9carquill\u00e9s de Val\u00e9rie, la bouche entrouverte de stupeur de Diane, la m\u00e2choire serr\u00e9e \u00e0 s&#8217;en briser les dents de Jean-Charles, le teint soudainement cadav\u00e9rique du directeur financier. La tension dramatique avait atteint son z\u00e9nith. La profondeur de champ sembla se r\u00e9duire, isolant chaque dirigeant dans sa propre terreur naissante. Le cynisme avait laiss\u00e9 place \u00e0 l&#8217;\u00e9pouvante. Ils comprenaient. Ce n&#8217;\u00e9tait pas les mots prononc\u00e9s, mais la fa\u00e7on dont ils l&#8217;avaient \u00e9t\u00e9. Cet homme n&#8217;appelait pas la s\u00e9curit\u00e9 pour se rendre. Il les convoquait.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u200bLa lumi\u00e8re du soleil, se refl\u00e9tant sur la grande baie vitr\u00e9e derri\u00e8re Marcus, l&#8217;enveloppa d&#8217;une aura presque divine, transformant sa silhouette modeste en celle d&#8217;un bourreau implacable. Les reflets de la ville, jadis symboles de leur domination, semblaient maintenant les encercler comme les murs d&#8217;une prison dor\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u200bSoudain, un d\u00e9clic sourd et m\u00e9canique se fit entendre. Le lourd m\u00e9canisme de la porte en acajou venait de s&#8217;enclencher. La poign\u00e9e s&#8217;abaissa avec une fluidit\u00e9 terrifiante. Les charni\u00e8res grinc\u00e8rent imperceptiblement tandis que le battant commen\u00e7ait \u00e0 s&#8217;ouvrir vers l&#8217;int\u00e9rieur, r\u00e9v\u00e9lant dans l&#8217;interstice grandissant les silhouettes massives, sombres et lourdement arm\u00e9es des agents de s\u00e9curit\u00e9 de la tour, leurs regards froids fix\u00e9s non pas sur l&#8217;intrus barbu en v\u00eatements us\u00e9s, mais bien sur les cinq cadres dirigeants d\u00e9sormais p\u00e9trifi\u00e9s autour de leur table de verre.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u200b<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"\u200bLa lumi\u00e8re diaphane du petit matin per\u00e7ait \u00e0 travers les immenses baies vitr\u00e9es panoramiques, inondant la salle de r\u00e9union d\u2019un \u00e9clat froid et \n<a class=\"moretag\" href=\"https:\/\/storyforyou.fun\/?p=2065\"> [...]<\/a>","protected":false},"author":1,"featured_media":2066,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[1],"tags":[],"class_list":["post-2065","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-1"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/storyforyou.fun\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2065","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/storyforyou.fun\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/storyforyou.fun\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/storyforyou.fun\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/storyforyou.fun\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=2065"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/storyforyou.fun\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2065\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":2067,"href":"https:\/\/storyforyou.fun\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2065\/revisions\/2067"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/storyforyou.fun\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/2066"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/storyforyou.fun\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=2065"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/storyforyou.fun\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=2065"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/storyforyou.fun\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=2065"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}