{"id":1692,"date":"2026-04-20T00:14:21","date_gmt":"2026-04-19T21:14:21","guid":{"rendered":"https:\/\/storyforyou.fun\/?p=1692"},"modified":"2026-04-20T00:14:21","modified_gmt":"2026-04-19T21:14:21","slug":"il-a-chasse-le-chien-mais-la-vite-regrette","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/storyforyou.fun\/?p=1692","title":{"rendered":"\u00abIl a chass\u00e9 le chien, mais l&#8217;a vite regrett\u00e9\u00bb"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L&#8217;aube se l\u00e8ve \u00e0 peine sur la ville, jetant une lumi\u00e8re blafarde et grise sur les pav\u00e9s humides de la rue des Martyrs. L&#8217;air est glacial, d&#8217;un froid p\u00e9n\u00e9trant qui s&#8217;insinue sous les manteaux et fige les souffles en de petits nuages de vapeur blanche. Devant la devanture encore close de la boucherie \u00ab \u00c0 la Belle Entrec\u00f4te \u00bb, le quartier semble fig\u00e9 dans un silence de plomb.C\u2019est l\u00e0, recroquevill\u00e9 sur un morceau de carton d\u00e9tremp\u00e9 par la ros\u00e9e nocturne, qu\u2019il attend. C&#8217;est un chien errant. Il n&#8217;a pas de nom, pas de collier, pas de ma\u00eetre. Son pelage, autrefois peut-\u00eatre d&#8217;un fauve \u00e9clatant, n&#8217;est plus qu&#8217;un amas de bourres sales, emm\u00eal\u00e9es de poussi\u00e8re, de boue et de mis\u00e8re. Ses c\u00f4tes saillent sous sa peau trop fine, t\u00e9moins silencieux d&#8217;une faim constante, une faim qui le ronge de l&#8217;int\u00e9rieur et le rend fou. Pourtant, malgr\u00e9 la d\u00e9tresse qui \u00e9mane de sa fr\u00eale carcasse, il y a dans ses yeux d&#8217;ambre une lueur qui refuse de s&#8217;\u00e9teindre. Une \u00e9tincelle d&#8217;espoir, aussi tenace qu&#8217;irrationnelle.Le store m\u00e9tallique de la boucherie se l\u00e8ve dans un grincement strident qui d\u00e9chire le silence matinal. Marcel, le boucher, appara\u00eet dans l&#8217;encadrement de la porte. C&#8217;est un homme massif, aux \u00e9paules larges et au visage burin\u00e9 par les ann\u00e9es de travail acharn\u00e9 et de solitudes accumul\u00e9es. Ses traits sont durs, fig\u00e9s dans une expression d&#8217;aigreur permanente. La vie n&#8217;a pas \u00e9t\u00e9 tendre avec lui, et il a fini par lui rendre la pareille. Dans sa main droite, il tient un gobelet en carton d&#8217;o\u00f9 s&#8217;\u00e9chappe la fum\u00e9e d&#8217;un caf\u00e9 br\u00fblant et amer.Le chien sent l&#8217;odeur du sang frais, de la viande crue, de la sciure propre qui \u00e9mane de la boutique. Une odeur qui lui fait tourner la t\u00eate et contracter l&#8217;estomac. Rassemblant le peu de forces qui lui restent, l&#8217;animal se l\u00e8ve en tremblant sur ses pattes engourdies. Il avance d&#8217;un pas lent, h\u00e9sitant, la queue rentr\u00e9e entre les pattes arri\u00e8re, la t\u00eate basse dans une posture de soumission totale. Il s&#8217;arr\u00eate \u00e0 un m\u00e8tre de Marcel, s&#8217;assoit prudemment sur les pav\u00e9s gel\u00e9s, et l\u00e8ve les yeux vers l&#8217;homme.Ce regard. C&#8217;est un regard qui contient toute la d\u00e9tresse du monde, une supplique muette, innocente, qui demande simplement le droit d&#8217;exister, le droit \u00e0 un reste de gras, \u00e0 un os jet\u00e9 sans m\u00e9nagement, \u00e0 une once de mis\u00e9ricorde.Mais le c\u0153ur de Marcel est aussi froid que la chambre froide qui tr\u00f4ne au fond de sa boutique. Il baisse les yeux vers la cr\u00e9ature mis\u00e9rable et sent une vague d&#8217;agacement irrationnelle monter en lui. Il ne voit pas un \u00eatre vivant en d\u00e9tresse ; il ne voit qu&#8217;une nuisance, une salet\u00e9 qui risque de faire fuir ses premiers clients.\u2014 Casse-toi de l\u00e0, sale b\u00eate ! gronde-t-il d&#8217;une voix rendue rocailleuse par le tabac. Allez, ouste !Le chien ne bouge pas. Il g\u00e9mit doucement, un petit son aigu et pitoyable, esp\u00e9rant que cet homme, cette montagne de chair et de chaleur, comprendra sa pri\u00e8re.Cette immobilit\u00e9, cette insistance muette, fait exploser la patience d\u00e9j\u00e0 fragile de Marcel. D&#8217;un geste brusque, dict\u00e9 par une cruaut\u00e9 impulsive et banale, il l\u00e8ve son bras et balance le contenu de son gobelet en carton en direction de l&#8217;animal.Le liquide noir et br\u00fblant s&#8217;abat comme une pluie acide sur le museau et le poitrail du chien.L&#8217;animal pousse un hurlement d\u00e9chirant, un cri de douleur pure et de terreur. Il bondit en arri\u00e8re avec une vivacit\u00e9 que sa maigreur ne laissait pas deviner. Le caf\u00e9 fumant br\u00fble sa peau nue sous son pelage clairsem\u00e9. Paniqu\u00e9, incompris, martyris\u00e9 une fois de plus par la main de l&#8217;homme en qui il avait plac\u00e9 son dernier espoir, le chien fait demi-tour et s&#8217;enfuit \u00e0 perdre haleine dans la ruelle adjacente, d\u00e9rapant sur les pav\u00e9s mouill\u00e9s, fuyant ce g\u00e9ant de douleur.Marcel le regarde dispara\u00eetre, le visage ferm\u00e9. Il \u00e9crase le gobelet vide dans son poing, le jette dans le caniveau avec un grognement de m\u00e9pris, et rentre dans sa boutique, claquant la porte derri\u00e8re lui. Il a d\u00e9j\u00e0 oubli\u00e9. Pour lui, ce n&#8217;\u00e9tait qu&#8217;un incident sans importance dans une matin\u00e9e morne.La Nuit du GardienLes heures s&#8217;\u00e9coulent. Le tumulte de la journ\u00e9e s&#8217;est empar\u00e9 de la rue, puis s&#8217;est lentement \u00e9teint. Le cr\u00e9puscule a envahi la ville, chassant la lumi\u00e8re du jour pour laisser place \u00e0 une nuit sombre, sans lune, froide comme le marbre. Les lampadaires s&#8217;allument un \u00e0 un, projetant des halos jaunes et maladifs sur les trottoirs d\u00e9serts. La boucherie \u00ab \u00c0 la Belle Entrec\u00f4te \u00bb est ferm\u00e9e depuis longtemps. Le lourd rideau de fer n&#8217;a \u00e9t\u00e9 baiss\u00e9 qu&#8217;\u00e0 moiti\u00e9, la porte vitr\u00e9e principale \u00e9tant simplement verrouill\u00e9e par son lourd p\u00eane m\u00e9tallique.Le froid de la nuit est d&#8217;une violence inou\u00efe. La bise s&#8217;engouffre dans la rue des Martyrs, balayant les feuilles mortes et les d\u00e9chets.C&#8217;est alors qu&#8217;une ombre se d\u00e9tache du fond de la ruelle. Le chien est de retour.Pourquoi est-il revenu ? La logique humaine voudrait qu&#8217;il fuie cet endroit maudit, qu&#8217;il s&#8217;\u00e9loigne \u00e0 jamais de l&#8217;homme qui l&#8217;a \u00e9bouillant\u00e9. Mais le c\u0153ur d&#8217;un chien ne conna\u00eet pas la rancune complexe des hommes. Ce bout de trottoir, ce bout de carton humide, c&#8217;est le seul rep\u00e8re qu&#8217;il poss\u00e8de dans cette ville immense et hostile. C&#8217;est son \u00ab chez-lui \u00bb d\u00e9risoire.Il avance en boitant l\u00e9g\u00e8rement, le poitrail encore douloureux l\u00e0 o\u00f9 le caf\u00e9 a frapp\u00e9. Il renifle le sol, tourne en rond deux ou trois fois sur son morceau de carton, et finit par s&#8217;y recroqueviller, le nez enfoui dans sa queue pour conserver le peu de chaleur que son corps parvient encore \u00e0 produire. Il ferme les yeux, pr\u00eat \u00e0 affronter une \u00e9ni\u00e8me nuit de survie silencieuse.Un chien rejet\u00e9\u2026 devient le gardien silencieux.Il est deux heures du matin lorsque le silence de plomb est rompu par un bruit infime. Le grincement l\u00e9ger d&#8217;une semelle en caoutchouc sur le bitume.Les oreilles du chien tressaillent. Il n&#8217;ouvre pas imm\u00e9diatement les yeux, mais tous ses sens de pr\u00e9dateur et de survivant sont soudain en alerte. L&#8217;odeur qui lui parvient n&#8217;est pas celle du boucher, ni celle de la viande. C&#8217;est une odeur de sueur froide, de cuir, et de m\u00e9tal. Une odeur d&#8217;intrusion.Il entrouvre les paupi\u00e8res. Une silhouette furtive vient de s&#8217;arr\u00eater devant la porte vitr\u00e9e de la boucherie. C&#8217;est un homme, le visage enti\u00e8rement dissimul\u00e9 par une cagoule noire, v\u00eatu d&#8217;habits sombres. L&#8217;individu jette des coups d&#8217;\u0153il nerveux de droite \u00e0 gauche de la rue d\u00e9serte, puis sort de sa veste un outil lourd, un pied-de-biche en acier tremp\u00e9.Le voleur s&#8217;approche de la serrure. Le premier contact du m\u00e9tal contre la porte r\u00e9sonne comme un coup de fusil dans le silence de la nuit. Le chien l\u00e8ve la t\u00eate. Ses yeux fixent l&#8217;intrus.Cet homme s&#8217;attaque au territoire. Il s&#8217;attaque \u00e0 la porte de l&#8217;endroit qui abrite l&#8217;odeur de la viande, l&#8217;endroit du g\u00e9ant au visage dur. Dans l&#8217;esprit instinctif du chien, une ligne invisible vient d&#8217;\u00eatre franchie. Malgr\u00e9 la douleur, malgr\u00e9 la faim, malgr\u00e9 le rejet absolu qu&#8217;il a subi quelques heures plus t\u00f4t, un instinct ancestral, profond\u00e9ment ancr\u00e9 dans son code g\u00e9n\u00e9tique, se r\u00e9veille : l&#8217;instinct de protection.Le voleur glisse le pied-de-biche dans l&#8217;interstice de la porte et p\u00e8se de tout son poids. Un craquement sinistre se fait entendre.Soudain, un grondement sourd, caverneux, monte du fond de la gorge du chien. Ce n&#8217;est plus le g\u00e9missement pitoyable du matin. C&#8217;est le son d&#8217;une b\u00eate pr\u00eate \u00e0 tuer.Le voleur se fige, surpris. Il tourne la t\u00eate vers le tas de carton qu&#8217;il croyait \u00eatre un amas de d\u00e9chets.Le chien bondit. Ses pattes griffent violemment le bitume alors qu&#8217;il se propulse en avant, d\u00e9voilant des crocs blancs et ac\u00e9r\u00e9s dans la lumi\u00e8re blafarde du lampadaire. Il \u00e9clate d&#8217;un aboiement f\u00e9roce, tonitruant, un hurlement de guerre qui d\u00e9chire la nuit et r\u00e9sonne sur les fa\u00e7ades des immeubles endormis.Pris au d\u00e9pourvu, terrifi\u00e9 par cette apparition sauvage surgie de nulle part, le voleur l\u00e2che son pied-de-biche avec un juron \u00e9touff\u00e9. Le chien ne recule pas. Il charge, mordant l&#8217;air \u00e0 quelques centim\u00e8tres du pantalon de l&#8217;homme, ses aboiements redoublant de rage et de volume.La panique s&#8217;empare du cambrioleur. Il sait que ce vacarme assourdissant va r\u00e9veiller tout le quartier, que les lumi\u00e8res vont s&#8217;allumer, que la police va \u00eatre appel\u00e9e. Dans un mouvement de terreur pure, il tr\u00e9buche, se redresse maladroitement et prend ses jambes \u00e0 son cou, fuyant \u00e0 une vitesse folle dans l&#8217;obscurit\u00e9 de la rue, abandonnant son outil sur le trottoir.Le chien le poursuit sur quelques m\u00e8tres, s&#8217;assurant que la menace s&#8217;\u00e9loigne d\u00e9finitivement. Puis, lentement, le c\u0153ur battant \u00e0 tout rompre sous ses c\u00f4tes saillantes, il s&#8217;arr\u00eate. Il renifle le pied-de-biche tomb\u00e9 au sol, jette un dernier regard vers la porte intacte de la boucherie, et retourne s&#8217;allonger sur son carton humide. La rue retrouve son silence. Le gardien a fait son \u0153uvre, et replonge dans la froideur de son anonymat.La Lumi\u00e8re Froide de la V\u00e9rit\u00e9Le lendemain matin. Huit heures.Marcel arrive devant sa boutique, l&#8217;humeur toujours aussi sombre. En s&#8217;approchant de la porte, il s&#8217;arr\u00eate net. Son pied vient de buter contre un objet m\u00e9tallique. Il baisse les yeux et aper\u00e7oit le pied-de-biche. Imm\u00e9diatement, son regard se porte sur la serrure de sa porte vitr\u00e9e. L&#8217;encadrement en aluminium est profond\u00e9ment tordu, la peinture blanche est \u00e9caill\u00e9e, portant les stigmates \u00e9vidents d&#8217;une tentative d&#8217;effraction.Une sueur froide coule le long de sa colonne vert\u00e9brale. Quelqu&#8217;un a essay\u00e9 de forcer sa boutique. Sa vie, son gagne-pain. Paniqu\u00e9, il d\u00e9verrouille pr\u00e9cipitamment la porte, s&#8217;engouffre dans la boucherie et court vers l&#8217;arri\u00e8re-boutique, l\u00e0 o\u00f9 se trouve son petit bureau exigu.L&#8217;endroit est plong\u00e9 dans la p\u00e9nombre, \u00e9clair\u00e9 seulement par la lumi\u00e8re froide et bleut\u00e9e de l&#8217;\u00e9cran de son ordinateur. D&#8217;une main tremblante, Marcel saisit la souris et r\u00e9veille le moniteur. Il ouvre le logiciel de vid\u00e9osurveillance de la cam\u00e9ra plac\u00e9e \u00e0 l&#8217;ext\u00e9rieur, juste au-dessus de sa devanture.Il s\u00e9lectionne l&#8217;enregistrement de la nuit derni\u00e8re et fait d\u00e9filer la ligne du temps, acc\u00e9l\u00e9rant les images muettes en noir et blanc de la rue d\u00e9serte.Soudain, \u00e0 02h14, une silhouette appara\u00eet. Marcel arr\u00eate l&#8217;avance rapide et lance la lecture \u00e0 vitesse normale. Il voit l&#8217;homme cagoul\u00e9 s&#8217;approcher, sortir son outil. Le c\u0153ur de Marcel se serre. Il va voir son magasin se faire d\u00e9valiser.Mais soudain, l&#8217;attention de Marcel est attir\u00e9e par un mouvement dans le coin inf\u00e9rieur gauche de l&#8217;\u00e9cran.Le chien.Le chien d&#8217;hier matin. Le chien sur lequel il a jet\u00e9 son caf\u00e9 br\u00fblant.Marcel s&#8217;approche de l&#8217;\u00e9cran, le visage coll\u00e9 \u00e0 la vitre du moniteur, l&#8217;air incr\u00e9dule. Il voit la b\u00eate maigre se redresser, h\u00e9siter une seconde, puis se transformer en une furie protectrice. Il regarde la sc\u00e8ne se d\u00e9rouler, muette et pourtant si incroyablement bruyante dans son esprit. Il voit le chien se jeter sur l&#8217;intrus avec une f\u00e9rocit\u00e9 d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9e, sans se soucier de sa propre s\u00e9curit\u00e9, sans se soucier des coups qu&#8217;il aurait pu recevoir. Il voit le voleur paniquer, l\u00e2cher son outil et s&#8217;enfuir l\u00e2chement.Et puis, il voit le chien s&#8217;arr\u00eater, s&#8217;assurer que le danger est parti, et retourner doucement, la t\u00eate basse, s&#8217;allonger sur son mis\u00e9rable carton.Marcel clique sur le bouton retour. Il repasse la sc\u00e8ne. Encore. Et encore. Les images tournent en boucle. Le saut. La fuite. Le retour au carton.L&#8217;\u00e9cran d&#8217;ordinateur diffuse une lumi\u00e8re froide qui sculpte les traits fatigu\u00e9s du boucher, mais \u00e0 l&#8217;int\u00e9rieur de sa poitrine, un brasier vient de s&#8217;allumer. Un brasier de honte, de culpabilit\u00e9, et d&#8217;une prise de conscience foudroyante.Il revoit la sc\u00e8ne de la veille. Il sent le poids du gobelet dans sa main. Il revoit le regard suppliant du chien. Il entend le g\u00e9missement pitoyable quand le liquide br\u00fblant a touch\u00e9 la peau de la b\u00eate.\u2014 Mon Dieu&#8230; murmure Marcel dans le silence de l&#8217;arri\u00e8re-boutique.Sa main quitte la souris pour venir couvrir sa bouche. Ses yeux ne peuvent se d\u00e9tacher de l&#8217;\u00e9cran. Il regarde ce chien, ce paria repouss\u00e9 par tous, martyris\u00e9 par ses propres mains, qui a risqu\u00e9 sa vie pour prot\u00e9ger le domaine de son bourreau. Quelle est cette noblesse d&#8217;\u00e2me que l&#8217;homme a perdue et que l&#8217;animal a conserv\u00e9e ?La carapace de duret\u00e9, d&#8217;aigreur et d&#8217;indiff\u00e9rence que Marcel s&#8217;\u00e9tait forg\u00e9e au fil des ann\u00e9es se fissure, puis vole en \u00e9clats. Un sanglot inattendu, violent et incontr\u00f4lable, monte de sa gorge.Gros plan sur l&#8217;\u00e9cran : le chien seul devant la boutique, fid\u00e8le \u00e0 un ma\u00eetre qui n&#8217;existe pas, veillant sur une porte qui lui reste close.Retour sur le visage de Marcel. Il est boulevers\u00e9. Ses yeux rougissent, brillent d&#8217;une humidit\u00e9 qu&#8217;il n&#8217;avait pas connue depuis des d\u00e9cennies. Les premi\u00e8res larmes franchissent la barri\u00e8re de ses cils, roulent lourdement sur ses joues rugueuses, et viennent se perdre dans sa barbe naissante.Il baisse lentement la t\u00eate, fuyant la lumi\u00e8re crue de l&#8217;\u00e9cran, fuyant l&#8217;image de sa propre cruaut\u00e9. Ses \u00e9paules tremblent sous le poids d&#8217;un regret immense, abyssal. Le regret d&#8217;avoir \u00e9t\u00e9 un monstre de froideur face \u00e0 une \u00e2me si pure.Le Regret Arrive Toujours Trop Tard\u00ab Il n\u2019avait rien\u2026 juste un c\u0153ur qui esp\u00e9rait.Rejet\u00e9 sans piti\u00e9, bless\u00e9 sans raison\u2026mais quand la nuit est tomb\u00e9e,il est rest\u00e9.Parfois, ceux qu\u2019on repousse\u2026 sont ceux qui veillent sur nous. \u00bbCette v\u00e9rit\u00e9 r\u00e9sonne dans le cr\u00e2ne de Marcel comme un glas. Il ne peut pas rester l\u00e0. Il ne peut pas laisser les choses ainsi. Une urgence visc\u00e9rale s&#8217;empare de lui. Il doit r\u00e9parer. Il doit s&#8217;excuser. Il doit sauver cet animal pour se sauver lui-m\u00eame.Il se l\u00e8ve d&#8217;un bond, renversant presque sa chaise, et se pr\u00e9cipite vers l&#8217;avant de la boutique. Il ouvre la porte \u00e0 la vol\u00e9e, le c\u0153ur palpitant d&#8217;un espoir nouveau, les bras pr\u00eats \u00e0 accueillir la b\u00eate, pr\u00eat \u00e0 l&#8217;emmener au chaud, \u00e0 la nourrir de la meilleure viande de son \u00e9tal, \u00e0 lui offrir un foyer pour la fin de ses jours.Il franchit le seuil, le souffle court, les yeux grands ouverts cherchant la tache sombre sur le trottoir.Mais le trottoir est vide.Le vent matinal balaye doucement la rue des Martyrs. Au sol, devant la vitrine \u00e9rafl\u00e9e, il ne reste que le morceau de carton, d\u00e9tremp\u00e9, froid, et d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9ment vide.Le chien est parti. Chass\u00e9 par la faim, par la peur du matin, ou peut-\u00eatre par la certitude que sa place n&#8217;\u00e9tait pas ici, qu&#8217;il ne recevrait jamais d&#8217;autre r\u00e9compense qu&#8217;une douleur br\u00fblante.Marcel s&#8217;avance d&#8217;un pas tr\u00e9buchant. Il s&#8217;agenouille lourdement sur les pav\u00e9s glac\u00e9s, l\u00e0 o\u00f9 la b\u00eate se tenait. Il passe une main tremblante sur le carton froiss\u00e9. Autour de lui, la ville s&#8217;\u00e9veille dans l&#8217;indiff\u00e9rence la plus totale.Le boucher regarde le bout de la rue, scrutant chaque ruelle, chaque ombre, mais l&#8217;horizon reste d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9ment vide. Une larme solitaire, chaude et am\u00e8re, vient s&#8217;\u00e9craser sur le carton.Il comprend alors, avec une clart\u00e9 foudroyante et d\u00e9chirante, la le\u00e7on la plus cruelle de l&#8217;existence. On peut changer, on peut pleurer, on peut vouloir r\u00e9parer le mal que l&#8217;on a fait avec toute l&#8217;\u00e9nergie de son \u00e2me&#8230;Mais le regret arrive toujours trop tard.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"L&#8217;aube se l\u00e8ve \u00e0 peine sur la ville, jetant une lumi\u00e8re blafarde et grise sur les pav\u00e9s humides de la rue des Martyrs. \n<a class=\"moretag\" href=\"https:\/\/storyforyou.fun\/?p=1692\"> [...]<\/a>","protected":false},"author":1,"featured_media":1693,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[1],"tags":[],"class_list":["post-1692","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-1"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/storyforyou.fun\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1692","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/storyforyou.fun\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/storyforyou.fun\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/storyforyou.fun\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/storyforyou.fun\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=1692"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/storyforyou.fun\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1692\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":1694,"href":"https:\/\/storyforyou.fun\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1692\/revisions\/1694"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/storyforyou.fun\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/1693"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/storyforyou.fun\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=1692"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/storyforyou.fun\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=1692"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/storyforyou.fun\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=1692"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}